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Apprendre & se former
3 octobre 2026 5 min de lecture

Ados et IA : pourquoi 63,3 % n'en parlent à personne, et ce que le psychiatre Todd Thatcher recommande

En bref

Près d'un jeune sur cinq demande des conseils de santé mentale à une IA, et 63,3 % le cachent. Ce que conseille un psychiatre aux parents.

« Mon IA s'appelle Blake. Je lui pose toutes les questions que je n'ose poser à personne. » Laura, 17 ans, n'est pas un cas isolé. Selon une étude parue dans JAMA Pediatrics, 19,2 % des jeunes interrogés demandent des conseils de santé mentale à un chatbot, et la plupart le taisent. Voici comment rouvrir le dialogue.

En bref

  • 19,2 % des jeunes interrogés ont utilisé un chatbot pour des conseils de santé mentale, soit près de 50 % de plus qu'un an avant.
  • 63,3 % de ces jeunes n'en ont parlé à personne, alors que 91,7 % jugent les conseils reçus utiles.
  • Le psychiatre Todd Thatcher déconseille la morale : mieux vaut poser des questions, écouter et multiplier les moments humains.

Le chiffre clé : 63,3 % des jeunes utilisateurs de chatbots pour leur santé mentale n'en ont parlé à personne.

Un jeune sur cinq confie ses tourments à un chatbot

Laura a donné un prénom à son assistant : Blake. Elle dit qu'elle ne pourrait plus s'en passer. Ce réflexe dépasse la simple recherche d'informations : beaucoup de jeunes installent avec l'IA un lien presque intime, comme avec un confident toujours disponible.

L'étude de McBain, Cantor, Breslau et leurs collègues, publiée dans JAMA Pediatrics en 2026, chiffre le phénomène. Elle porte sur des adolescents et de jeunes adultes américains. Près d'un sur cinq déclare avoir utilisé un chatbot pour obtenir des conseils en matière de santé mentale.

Les chercheurs en tirent une conclusion nette : ces outils font déjà partie de l'univers d'information des jeunes sur le sujet. Parents et professionnels de santé doivent donc aborder la question de façon active, pour fixer des attentes réalistes et orienter les jeunes vers des soins fondés sur des preuves.

Le secret fait partie du phénomène : 63,3 % n'ont rien dit à personne

Le plus frappant n'est pas l'usage, mais le silence qui l'entoure. Une large majorité garde cette « relation » pour elle. Et ce n'est pas faute d'y trouver de l'intérêt : presque tous jugent les réponses utiles.

MesureRésultat
Jeunes ayant utilisé un chatbot pour la santé mentale19,2 %
Évolution sur un anhausse de près de 50 %
Conseils jugés plutôt ou très utiles91,7 %
N'en ont parlé à personne63,3 %

Ce décalage intrigue les experts. Des jeunes en manque de conseils concrets trouvent une réponse immédiate, sans regard ni jugement. Mais ils n'osent pas la partager avec leurs proches. Pour les parents, l'enjeu est de taille : ils risquent d'ignorer où se joue une partie des confidences de leur enfant.

Plus le lien avec les parents semble fragile, plus l'IA devient un refuge

Une autre étude, signée Yue, Wang, Li, Sun, Wang et Yin et publiée dans Health Communication en 2026, s'intéresse au rôle du lien familial. Son constat : plus un adolescent vit la relation avec ses parents comme insécurisante, plus il peut trouver dans l'IA un espace de confidence.

Autrement dit, l'IA ne crée pas le besoin de se confier. Elle comble un vide. Le psychiatre Todd Thatcher, interrogé par le média américain KSL, insiste sur ce point : les adolescents sont très sensibles au lien humain, ils le recherchent et en ont réellement besoin. Quand ce besoin reste sans réponse, une dépendance à l'IA peut s'installer.

Beaucoup de familles tombent aussi dans une boucle de remontrances et de conflits. Le résultat est connu : l'adolescent coupe le dialogue et s'enferme dans sa chambre, et dans son monde.

Le psychiatre déconseille la morale et conseille la curiosité

Premier conseil de Todd Thatcher : ne pas faire la leçon. Selon lui, la dernière chose à faire est de faire la morale à son ado sur l'IA, comme sur beaucoup d'autres sujets. Une mise en garde brutale se transforme vite en conflit de générations, et le lien se distend.

La méthode qu'il recommande tient en deux gestes : poser des questions, puis écouter. Plutôt que d'interroger de front, vous pouvez demander si ses amis utilisent ces outils. C'est une porte d'entrée plus douce, qui évite à votre enfant de se sentir visé.

Inutile aussi de vouloir tout régler en une soirée. Le psychiatre estime que quelques phrases sur ce que font les copains peuvent suffire à lancer la première discussion. Ensuite, il devient plus simple de demander à l'adolescent ce qu'il en pense, lui.

Faire de l'IA un sujet de famille plutôt qu'un interdit

L'objectif n'est pas de sanctionner l'usage, mais de l'intégrer à la conversation, voire de l'explorer ensemble. Parler des avantages de l'IA et de ses limites ouvre le dialogue. Cela offre aussi à votre enfant l'occasion d'expliquer pourquoi il se confie à elle. L'IA peut alors devenir un prétexte pour aborder des sujets qui crispaient jusque-là.

Todd Thatcher propose aussi de renforcer le lien humain par des gestes simples :

  • des dîners ensemble, sans smartphone ni distraction ;
  • des échanges où l'on se regarde vraiment ;
  • des moments pour rire et discuter pleinement.

Ces situations rappellent à un adolescent que ses parents sont une ressource solide. Vous pouvez aussi lui dire une phrase simple : si tu poses certaines questions à une IA, je préfère qu'on puisse aussi en parler ensemble.

Vos questions

Quelle proportion de jeunes demande des conseils de santé mentale à une IA ?

Dans l'étude publiée dans JAMA Pediatrics, 19,2 % des participants ont utilisé un chatbot pour ce type de conseils. C'est près de 50 % de plus que l'année précédente. Et 91,7 % trouvent les conseils plutôt ou très utiles.

Pourquoi les ados cachent-ils cet usage à leurs parents ?

L'étude constate que 63,3 % n'en ont parlé à personne. Une autre recherche indique que plus la relation avec les parents est vécue comme insécurisante, plus l'IA peut devenir un espace de confidence.

Comment aborder le sujet sans provoquer un conflit ?

Le psychiatre Todd Thatcher déconseille la morale. Il recommande de poser des questions, par exemple si les amis de l'ado utilisent l'IA, puis d'écouter. Une première conversation courte suffit, sans chercher à tout régler d'un coup.

Sources : Psychologies.

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