3 786 enfants suivis en Écosse : le temps d'écran n'est pas lié de façon constante à leur mal-être, famille prise en compte
Fiche#1182127 /Psychologie
Psychologie
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3 786 enfants suivis en Écosse : le temps d'écran n'est pas lié de façon constante à leur mal-être, famille prise en compte

En bref

Une étude écossaise sur 3 786 enfants ne trouve pas de lien constant entre temps d'écran et difficultés émotionnelles, une fois la famille prise en compte.

Vous limitez les écrans de vos enfants et vous vous demandez si cela change vraiment quelque chose. Une grande étude écossaise, relayée par le site américain PsyPost, ne trouve pas de lien constant entre temps d'écran et difficultés émotionnelles ou de comportement, dès lors que le contexte familial est pris en compte.

En bref

  • À 5 et 10 ans, le temps d'écran total n'est pas lié aux difficultés, famille prise en compte.
  • À 15 ans, jouer 5 heures ou plus par jour va avec 2,61 fois plus de probabilités de difficultés.
  • À 15 ans, 1 à 2 heures de réseaux sociaux vont avec environ 40 % de probabilités en moins.

Le chiffre clé : 2,61, fois plus de probabilités de difficultés chez les ados jouant 5 heures par jour.

Une cohorte écossaise suivie de la petite enfance à l'adolescence

L'étude paraît dans la revue JAMA Network Open. Elle est dirigée par Fiona McQuaid, de l'université d'Édimbourg, et s'appuie sur Growing Up in Scotland, un programme financé par le gouvernement écossais. Des familles ayant un bébé de 10 mois en 2005 et 2006 ont été repérées grâce aux fichiers des allocations familiales, qui couvrent plus de 90 % des enfants écossais. Elles ont ensuite été suivies à intervalles réguliers : entretiens, questionnaires, tests cognitifs, mesures physiques.

L'analyse porte sur 3 786 enfants à 5 ans, 3 126 à 10 ans et 2 598 à 15 ans, avec à peu près autant de filles que de garçons. Les données ont été recueillies en 2009 et 2010, en 2014 et 2015, puis en 2019 et 2020. En 2017, 502 adolescents supplémentaires ont été recrutés pour compenser la perte de participants issus des zones les plus défavorisées. Ils figurent dans les résultats à 15 ans, mais pas dans l'analyse qui suit les enfants dans le temps.

L'objectif était de regarder le lien entre écrans et développement psychosocial au même moment, mais aussi des années plus tard. Et surtout de tenir compte de facteurs familiaux que beaucoup d'études précédentes avaient laissés de côté, comme la qualité de la relation entre parent et enfant.

Avant 10 ans, le temps d'écran total ne pèse plus quand on tient compte de la famille

Les parents ont rempli à chaque âge le Strengths and Difficulties Questionnaire, un outil de dépistage très répandu. Il couvre les difficultés émotionnelles, les problèmes de conduite, l'hyperactivité et les soucis avec les camarades. Un score total de 14 ou plus classe l'enfant parmi ceux qui ont des difficultés supérieures à la moyenne.

ÂgeEnfants analysésDifficultés élevées
5 ans3 786environ 11 %
10 ans3 126environ 12 %
15 ans2 598environ 12 %

Les écrans, eux, montent vite avec l'âge. La part des enfants qui y passent 3 heures ou plus par jour grimpe de 25 % à 5 ans à 52 % à 10 ans. À ces deux âges, le temps passé devant la télévision, l'ordinateur ou les jeux était additionné en un total quotidien, rapporté par le principal adulte référent.

Verdict : après prise en compte de facteurs comme le revenu du foyer, le niveau de privation, l'éducation et la santé des parents, les résultats aux tests cognitifs, le désordre à la maison, la chaleur et les conflits dans la relation parent-enfant, le temps d'écran total n'est pas associé à des difficultés élevées à 5 ou 10 ans. Les liens visibles avant ces ajustements se sont largement atténués.

À 15 ans, le jeu intensif ressort, les réseaux sociaux brouillent le message

À l'adolescence, l'étude sépare trois usages : télévision et films, jeux vidéo, réseaux sociaux et messageries. Les jeunes répondent eux-mêmes. Côté jeu, la part de ceux qui y consacrent 3 heures ou plus par jour passe de 1,7 % à 5 ans à environ 21 % à 15 ans. Et 28 % des adolescents passent au moins 3 heures par jour sur les réseaux et messageries.

Ceux qui jouent 5 heures ou plus par jour ont 2,61 fois plus de probabilités d'avoir des difficultés élevées que ceux qui jouent moins d'une heure. Attention à la lecture : il s'agit d'un rapport de probabilités, pas d'une preuve que le jeu cause ces difficultés.

Surprise côté réseaux sociaux : les adolescents qui les utilisent au moins une heure par jour ont environ 40 % de probabilités en moins de difficultés élevées que ceux qui y passent moins d'une heure. Après correction statistique pour les comparaisons multiples, cela ne tient que pour la tranche de 1 à 2 heures par jour.

Les auteurs demandent de la prudence. Les adolescents très peu présents sur ces applications peuvent différer de leurs pairs sur des points qui touchent leur bien-être. Et ceux qui vont déjà bien socialement sont peut-être simplement plus enclins à s'y connecter.

Le signal observé à 5 ans s'efface à 15 ans et reste fragile

Dans l'analyse dans le temps, les enfants qui passaient 5 heures ou plus par jour devant les écrans à 5 ans avaient 2,68 fois plus de probabilités de difficultés élevées à 10 ans que ceux qui y passaient moins d'une heure. Ce lien a pourtant disparu à 15 ans.

Il n'a pas non plus résisté à plusieurs analyses alternatives. Et le groupe de plus forte consommation ne comptait que 119 enfants, un effectif réduit pour en tirer une règle générale. Quant aux comportements prosociaux, comme le fait d'être gentil et serviable, ils n'ont montré aucun lien cohérent avec les écrans.

L'étude a une limite que ses auteurs soulignent : elle mesure seulement la durée. Elle ne dit rien de ce que les enfants regardent ou font sur l'écran, ce qui peut pourtant tout changer.

Pourquoi la durée seule ne dit pas tout, pour vous comme pour les recommandations

Les chercheurs rappellent que les résultats des travaux précédents sont contrastés. Une partie des écarts tient au type d'activité, à la durée et à l'âge de l'enfant. Les plus jeunes pourraient être plus sensibles si l'écran remplace le jeu, la conversation ou les échanges avec les adultes. Chez les adolescents, le tableau est plus flou, car les écrans s'inscrivent dans de grands bouleversements biologiques, sociaux et émotionnels.

Le contexte britannique donne l'échelle du phénomène : 85 % des enfants de 3 à 5 ans y vont en ligne, 100 % à 10 ans, et 81 % des 10 à 12 ans utilisent réseaux sociaux et messageries malgré la limite d'âge de 13 ans.

Pour vous, la lecture prudente est la suivante : le chronomètre ne suffit pas à juger. Dans cette cohorte, une fois la situation familiale prise en compte, la durée totale n'est pas liée aux difficultés avant 10 ans. Les auteurs en tirent que des recommandations centrées uniquement sur le temps d'écran ont probablement une portée limitée.

Vos questions

Cette étude prouve-t-elle que les écrans sont sans danger pour les enfants ?

Non. Elle montre que le temps d'écran n'est pas associé de façon constante aux difficultés émotionnelles et de comportement une fois le contexte familial pris en compte. Elle mesure seulement la durée, pas les contenus ni les usages, et un lien subsiste à 15 ans pour le jeu intensif.

Que dit l'étude du jeu vidéo chez les adolescents ?

À 15 ans, les jeunes qui jouent 5 heures ou plus par jour ont 2,61 fois plus de probabilités d'avoir des difficultés élevées que ceux qui jouent moins d'une heure. C'est une association statistique, qui ne démontre pas que le jeu en est la cause.

Les réseaux sociaux protègent-ils les adolescents ?

Pas selon les auteurs, qui appellent à la prudence. Les adolescents utilisant ces applications 1 à 2 heures par jour ont environ 40 % de probabilités en moins de difficultés élevées. Mais ceux qui vont déjà bien socialement sont peut-être simplement plus enclins à s'y connecter.

Sources : psypost.org.

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