Avant une soirée, vous sentez l'angoisse monter et l'envie de demander des phrases toutes prêtes à un chatbot. Le média américain Big Think publie le constat d'un thérapeute : ces scripts rassurent sur le moment, mais usent la confiance et les compétences sociales. Trois pratiques sont concernées.
En bref
- Un patient en anxiété sociale demandait des scripts à l'IA : un regain de confiance immédiat, mais moins d'aisance avec le temps.
- Les trois pratiques confiées à l'IA : les conversations du quotidien, les conversations difficiles et la lecture des autres.
- Le point commun : calmer l'inquiétude présente au détriment de la confiance en ses propres capacités sociales.
Le chiffre clé : 3, pratiques sociales que le thérapeute voit ses patients confier à l'IA.
Des scripts qui rassurent sur le moment, mais freinent les progrès
Ce thérapeute américain suit un patient souffrant d'anxiété sociale. L'homme avait pris l'habitude de demander à l'IA des phrases à dire dès qu'il se sentait nerveux. Lors d'un dîner, submergé par les questions fines des autres convives, il s'est éclipsé aux toilettes. Il a réclamé à l'IA une liste de questions pour devenir un interlocuteur plus intéressant et se faire apprécier. Puis il est revenu à table, armé de ses questions et un peu plus confiant.
Comme beaucoup de gens, il espérait un raccourci social qui apaiserait son anxiété à long terme. Le thérapeute observe l'inverse. Ces scripts donnent un coup de confiance passager, mais ils rendent la personne moins à l'aise en société au fil du temps.
Ce n'est pas un cas isolé. Le praticien voit ses patients déléguer à l'IA trois pratiques sociales courantes, et il constate que cela érode à la fois leur confiance et leurs compétences.
Les conversations du quotidien ne s'apprennent pas par cœur
Beaucoup de patients cherchent les bons mots pour rencontrer des inconnus, aller à un rendez-vous galant ou mieux connaître une connaissance. Et cela dépasse le cabinet du thérapeute. Après l'une de ses conférences, une participante lui a confié son malaise dans les soirées de réseautage. Elle avait préparé avec l'IA une liste de phrases à dire, mais une fois dans la salle, elle se figeait systématiquement et ne se rappelait plus rien.
Elle voulait des astuces pour mémoriser ses scripts malgré l'anxiété. Sa déception a été visible quand le thérapeute lui a répondu qu'elle gagnerait à s'entraîner à parler à de vraies personnes plutôt qu'à apprendre des phrases.
Son argument tient en une idée simple : il y a de bonnes chances que vous sachiez mieux que l'IA quoi dire à un ami ou comment demander de l'aide à un collègue. Vous le faites depuis toujours. Continuer à le faire chaque jour est ce qui empêche vos compétences sociales de s'atrophier.
Les conversations difficiles : un script trop formel peut tout abîmer
Un autre patient avait lancé une entreprise avec un ami. Au bout de quelques mois, il avait l'impression que celui-ci profitait de leur relation en s'investissant moins. Il a demandé conseil à l'IA, puis a abordé le problème comme le chatbot le suggérait. L'ami s'est braqué, et l'échange a vite tourné au vinaigre. Tous deux ont regretté leurs mots, mais le mal était fait.
Sur le moment, les conseils du chatbot lui avaient semblé logiques. Avec le recul, le script lui paraissait trop formel et bien trop direct. Il n'en revenait pas de l'avoir suivi. En se faisant confiance, dit-il en substance, il n'aurait jamais été aussi accusateur.
Poser une limite, poser une question gênante, s'affirmer ou se montrer vulnérable : ces échanges inquiètent quand on n'en a pas l'habitude. Il est tentant de bâtir une stratégie ou le monologue parfait avec l'IA. Mais le thérapeute rappelle que ces conversations relèvent davantage de l'art que de la science.
Il n'existe pas une seule bonne façon de dire à son partenaire qu'on se sent fragile, ni de demander à sa belle-mère de prévenir avant de passer. L'IA ne connaît ni vos émotions, ni vos personnalités, ni votre histoire avec l'autre, ni le contexte, même si vous pensez avoir tout expliqué. Inutile de paraître irréprochable : accepter d'être imparfait peut même améliorer l'échange.
Lire les autres : le chatbot tranche avec aplomb, et peut se contredire
Une patiente pensait que l'IA l'aiderait à mieux choisir ses partenaires amoureux. Elle lui a soumis ses échanges de messages en demandant si son compagnon montrait des signes de problèmes d'attachement. Réponse : il était peut-être de type évitant. Elle s'apprêtait à rompre.
Le lendemain, elle a fourni leur dernière conversation. Cette fois, l'IA jugeait son partenaire plus probablement sécure. Elle a découvert, surprise, deux réponses contradictoires.
Le thérapeute voit aussi des personnes demander à l'IA si un ami leur en veut, d'après leur souvenir d'une discussion, ou si elles ont agacé un collègue, d'après un fil d'e-mails. Or, par conception, les chatbots répondent avec une assurance totale. Ce ton définitif supprime l'incertitude, et cela fait du bien. Mais il réduit aussi le doute qui nous pousserait à chercher l'information manquante, par exemple en posant la question directement à la personne.
Interpréter l'état émotionnel d'autrui et se mettre à sa place est au cœur de l'intelligence émotionnelle. L'IA ne comprend pas les sentiments : elle estime seulement la meilleure réponse à partir de ses données d'entraînement.
Le point commun : apaiser l'instant plutôt que construire la confiance
| Pratique confiée à l'IA | Cas rapporté | Effet constaté |
|---|---|---|
| Conversations du quotidien | Participante qui se fige en soirée de réseautage | Les scripts mémorisés ne servent pas, la pratique réelle manque |
| Conversations difficiles | Associé qui confronte son ami avec un script | Ton trop formel et direct, dispute, regrets |
| Lecture des autres | Patiente qui analyse les messages de son partenaire | Deux verdicts contradictoires en deux jours |
Dans les trois cas, on aborde le problème par le mauvais bout : on cherche à réduire sa détresse immédiate. Quand l'IA nous donne raison et nous dit quoi faire, l'anxiété et l'incertitude baissent, car la validation et un ton rassurant font du bien.
Le thérapeute reconnaît y avoir cédé lui-même. Pendant une courte période, il a fait relire ses e-mails par Claude pour vérifier le ton, afin de ne paraître ni trop enthousiaste ni trop dur. Un an plus tôt, il les aurait envoyés sans y penser. Puis il s'est rappelé qu'il est thérapeute et auteur, et qu'il écrit ses propres messages depuis des décennies. Pourtant, le feu vert de l'IA lui apportait un certain réconfort.
Mais cette dose de bien-être se paie : elle sape la foi en ses propres capacités et empêche d'affûter ses compétences sociales. Rester dans l'incertitude peut, par exemple, vous pousser à vous excuser après avoir été un peu dur avec un ami, un geste qui répare parfois la relation. Une occasion que l'on manque si l'on s'en remet au chatbot.
Vos questions
Pourquoi les scripts de l'IA aggravent-ils l'anxiété sociale à long terme ?
Selon le thérapeute, ils offrent un regain de confiance immédiat, mais ils empêchent de développer la confiance en ses propres capacités. Le patient se sent mieux sur le moment et devient moins à l'aise avec le temps.
Que faire à la place de mémoriser des phrases toutes prêtes ?
Le thérapeute conseille de s'entraîner à parler à de vraies personnes, par exemple lors d'événements de réseautage. Pratiquer chaque jour, avec ses amis ou ses collègues, évite que les compétences sociales s'atrophient.
Peut-on faire confiance à l'IA pour savoir si quelqu'un nous en veut ?
Le thérapeute met en garde : les chatbots répondent avec une assurance totale, même quand leurs verdicts se contredisent d'un jour à l'autre. Cette certitude supprime le doute qui pousserait à poser directement la question à la personne concernée.
Sources : bigthink.com.