Vous croisez des collègues, des camarades de sortie, un ami de toujours : ces liens ne vous apportent pas la même chose. Dans un article du magazine américain The Atlantic, Arthur Brooks, professeur à Harvard, retient trois amitiés héritées d'Aristote, l'utile, celle du plaisir et la parfaite, qui comptent pour votre bonheur. Voici le rôle de chacune.
En bref
- Lancée en 1939 par Harvard, l'étude est partie de 724 adolescents et relie le bonheur aux relations proches.
- Les plus satisfaits de leurs relations à 50 ans étaient en meilleure santé à 80 ans, selon les résultats.
- Arthur Brooks reprend trois amitiés d'Aristote : l'utile, celle du plaisir et la parfaite, toutes indispensables au bonheur.
Le chiffre clé : 724, adolescents au départ de l'étude de Harvard sur le bonheur, suivis toute leur vie.
Harvard suit des vies entières depuis 1939 pour comprendre le bonheur
Tout commence en 1939. L'université Harvard lance cette année-là une étude de très grande ampleur sur le bonheur. Au départ, elle réunit 724 adolescents. Ces participants ont été suivis toute leur vie, et leurs trajectoires ont permis aux équipes de chercheurs de tirer des conclusions sur notre rapport au bonheur.
Un lien s'impose parmi ces conclusions : celui qui unit le bonheur et les relations proches. Le conjoint, la famille, les amis, les cercles sociaux : l'étude les met tous dans la balance. Autrement dit, ce n'est pas seulement ce que vous faites qui compte, c'est aussi qui vous entoure.
Son constat tient en une phrase, rapportée par la revue américaine Harvard Health Publishing :
« Les liens personnels créent une stimulation mentale et émotionnelle qui stimule automatiquement l'humeur, alors que l'isolement la détruit »
Robert Waldinger, psychiatre et directeur de l'étude, à Harvard Health Publishing
Le mécanisme décrit est double : d'un côté, les liens nourrissent l'esprit et les émotions et soutiennent l'humeur ; de l'autre, l'isolement fait exactement l'inverse.
Être satisfait de ses relations à 50 ans annonce une meilleure santé à 80 ans
Les résultats vont plus loin que l'humeur. Les participants les plus satisfaits de leurs relations à 50 ans étaient aussi ceux qui se trouvaient en meilleure santé à 80 ans. Entretenir ses liens n'a donc rien d'un simple passe-temps pour se distraire, remplir ses journées ou éviter l'ennui : les relations participent à notre santé physique, et c'est une question de survie.
Robert Waldinger a martelé le message lors de son TED Talk : « La solitude tue. » Il ajoutait : « Elle est aussi puissante que le tabagisme ou l'alcoolisme. » La comparaison est volontairement frappante : l'isolement n'est pas un simple détail de confort.
Attention toutefois, toutes les relations ne sont pas bénéfiques à notre développement. Le message n'est donc pas d'accumuler les contacts, mais de se concentrer sur ceux qui participent à votre bonheur. Reste à savoir lesquels.
Arthur Brooks reprend trois amitiés décrites par Aristote
Dans un article publié par le magazine américain The Atlantic, Arthur Brooks, professeur à Harvard et spécialiste de la gestion du bonheur, répond à cette question. Il reprend trois types d'amitié définis par Aristote et les juge indispensables à notre bonheur.
| Type d'amitié | Ce qui fonde le lien | Son rôle |
|---|---|---|
| Utile | Le travail, les affaires | Nous permet d'avancer dans la vie |
| De plaisir | L'admiration mutuelle | Chacun tire du plaisir de l'autre |
| Parfaite | Un amour partagé pour quelque chose qui élève | Tire les deux personnes vers la vertu |
Chacune a sa fonction : la première fait avancer, la deuxième fait plaisir, la troisième élève. C'est leur réunion, pas l'une d'elles seule, que le professeur juge indispensable.
L'amitié utile et l'amitié de plaisir sont légères, mais elles comptent
Commençons par la moins séduisante. L'amitié utile, ce sont vos relations de travail, ou la personne avec qui vous pouvez conclure des affaires. Arthur Brooks le dit sans détour : « Ces relations ont tendance à être de nature transactionnelle. »
Elles ne sont peut-être pas les plus satisfaisantes, reconnaît-il. Elles remplissent pourtant un rôle précis : elles nous permettent d'avancer dans la vie. Inutile de leur demander plus qu'elles ne donnent : leur valeur tient à l'appui concret qu'elles apportent.
L'amitié de plaisir fonctionne autrement. Selon le professeur, elle repose sur l'admiration mutuelle : chacun tire du plaisir de l'autre. On peut y ranger la personne avec qui l'on rit facilement ou celle avec qui l'on partage une activité.
Bonne nouvelle pour celles et ceux qui culpabilisent de ne pas avoir cent confidents : le lien n'a pas besoin d'être particulièrement profond pour entrer dans cette catégorie.
L'amitié parfaite relie deux personnes autour de quelque chose qui les élève
Reste la plus exigeante. Aristote l'appelle l'amitié parfaite, et Arthur Brooks la décrit ainsi :
« Selon les critères d'Aristote, les amitiés parfaites sont celles entre des personnes qui ont un amour mutuel pour quelque chose qui non seulement les rapproche, mais élève leur comportement au rang de vertu »
Arthur Brooks, professeur à Harvard
En clair : deux personnes aiment la même chose, et cet amour partagé les tire vers le meilleur d'elles-mêmes. On est loin de l'échange de services de l'amitié utile, et au-delà de la simple compagnie agréable de l'amitié de plaisir.
Les trois types, estime Brooks, sont indispensables à notre bonheur. Faites un test simple : pour chaque type, citez une personne de votre entourage. Si une case reste vide, vous savez quel genre de lien vous manque. Et puisque l'étude de Harvard relie relations proches et bonheur, la question mérite mieux qu'un haussement d'épaules.
Vos questions
Qui a défini les trois types d'amitié ?
Ils viennent d'Aristote. Arthur Brooks, professeur à Harvard et spécialiste de la gestion du bonheur, les a repris dans un article publié par le magazine américain The Atlantic, en les jugeant indispensables à notre bonheur.
Quelle différence entre amitié utile et amitié de plaisir ?
L'amitié utile relève du travail et des affaires, et elle reste de nature transactionnelle : elle permet d'avancer dans la vie. L'amitié de plaisir repose sur l'admiration mutuelle, chacun tirant du plaisir de l'autre, sans que le lien soit forcément profond.
L'étude de Harvard dit-elle que les relations protègent la santé ?
Elle montre que les personnes les plus satisfaites de leurs relations à 50 ans étaient en meilleure santé à 80 ans. Son directeur, Robert Waldinger, affirme aussi que la solitude tue, avec une puissance comparable au tabagisme ou à l'alcoolisme.
Sources : Psychologies.