70 % contre 34 % : les chatbots approuvent deux fois plus souvent le statu quo que les politiques climatiques
Fiche#1181084 /Psychologie
Psychologie
5 min de lecture

70 % contre 34 % : les chatbots approuvent deux fois plus souvent le statu quo que les politiques climatiques

En bref

11 chatbots testés sur près de 55 000 requêtes : ils approuvent l'existant 70 % du temps et le changement climatique 34 %. Voici comment les contourner.

Vous demandez à un chatbot s'il faut passer à la voiture électrique ou soutenir une mesure climatique ? Sa réponse penche vers l'existant. Des chercheurs canadiens ont testé 11 modèles sur près de 55 000 requêtes : le statu quo est approuvé 70 % du temps, la nouveauté climatique 34 %.

En bref

  • L'Université de Waterloo, au Canada, a testé 11 modèles de langage sur plus de 7 500 questions, soit près de 55 000 réponses analysées.
  • Une politique déjà en place est approuvée 70 % du temps, la même idée présentée comme une nouveauté climatique seulement 34 %.
  • Dans tous les pays étudiés, y compris la Norvège, les chatbots recommandent moins de voitures électriques qu'il ne s'en vend réellement.

Le chiffre clé : 70 % contre 34 %, Taux d'approbation d'une politique existante face à une politique climatique nouvelle.

Onze chatbots passés au crible sur près de 55 000 réponses

Une équipe de l'Université de Waterloo, au Canada, s'est penchée sur un réflexe discret des assistants conversationnels. Le site Neuroscience News a relayé ses résultats. Les chercheurs ont construit une bibliothèque de plus de 7 500 questions, puis les ont posées à 11 grands modèles de langage. Chaque question a été testée sur au moins six modèles différents. Au total, près de 55 000 réponses ont été analysées.

Les thèmes touchent le quotidien : achat d'un véhicule et choix de déplacement, chauffage du logement et rénovation énergétique, alimentation et recettes, décisions climatiques à l'échelle d'une région ou d'une ville.

Les auteurs présentent ce travail comme la première étude systématique du biais pour le statu quo dans les recommandations climatiques d'un chatbot. Le constat est net : les assistants poussent vers les options à fortes émissions, celles qui existent déjà.

Le même projet est approuvé deux fois plus souvent s'il existe déjà

L'écart le plus frappant concerne les décisions publiques. On demande au chatbot si un gouvernement ou une organisation doit aller de l'avant avec un plan. Quand ce plan est décrit comme une politique déjà en vigueur, le modèle dit oui dans 70 % des cas. Quand l'objectif est identique mais présenté comme une réforme climatique nouvelle, le oui tombe à 34 %.

Présentation du planPart d'avis favorables
Politique existante70 %
Nouvelle politique climatique34 %

Autre résultat : dans les arbitrages où le climat était en jeu, les modèles renforçaient la décision que l'utilisateur avait déjà prise deux fois plus souvent qu'ils ne défendaient une autre voie. Autrement dit, ils tendent à vous donner raison sur ce que vous faites déjà.

Même en Norvège, les chatbots sous-estiment la voiture électrique

Les modèles s'adaptent un peu au contexte. Si vous indiquez habiter en Norvège, où l'électrique domine largement les immatriculations de voitures neuves, ils recommandent plus volontiers un véhicule électrique que si vous dites vivre au Canada.

Mais dans les deux pays, la fréquence des conseils en faveur de l'électrique reste nettement inférieure à la part réellement vendue sur ces marchés. Les chercheurs observent la même chose dans presque tous les territoires étudiés : les chatbots recommandent moins de modèles électriques qu'il ne s'en achète déjà.

Le chercheur principal, Seth Wynes, professeur à la faculté de l'Environnement de Waterloo, explique que les modèles avancent à un rythme plus lent que celui du changement en cours. Selon lui, cette prudence peut se défendre ailleurs, par exemple pour des conseils médicaux éprouvés. Pour le climat, en revanche, c'est un frein.

Un biais bien humain, hérité des textes d'entraînement

En psychologie, le biais du statu quo désigne notre tendance à préférer ce qui existe à ce qui est nouveau. Les modèles de langage sont entraînés sur d'énormes corpus qui reflètent les choix passés des humains. Leurs recommandations en gardent donc la trace.

L'enjeu grandit à mesure que des millions de consommateurs, de dirigeants et de décideurs publics demandent conseil à ces outils, pour un achat comme pour une stratégie. Les auteurs craignent que cette inertie retarde les transitions, à mesure que les assistants s'intègrent aux parcours d'achat.

L'équipe prévoit de suivre les prochaines générations de modèles. Elle veut savoir si de nouveaux réglages ou des outils de navigation sur le web réduisent ce penchant, ou si les achats conclus directement dans un assistant ancrent encore plus les habitudes très émettrices.

Un réflexe simple : demander au chatbot de plaider pour la nouveauté

Seth Wynes recommande de garder en tête que même les modèles récents ont des angles morts. Sa suggestion pratique : si vous sollicitez un avis sur un sujet, demandez à l'outil de défendre l'option nouvelle.

  • Posez d'abord votre question comme d'habitude.
  • Demandez ensuite l'argumentaire le plus solide en faveur du changement : voiture électrique, autre mode de chauffage, autre politique locale.
  • Comparez les deux réponses avant de décider.

Ce petit détour ne remplace ni un devis ni l'avis d'un professionnel. Il rappelle surtout que la réponse d'un chatbot n'est pas neutre : elle a une pente, et vous pouvez la corriger.

Vos questions

Combien de chatbots ont été testés et sur quoi ?

Onze grands modèles de langage ont été testés par l'Université de Waterloo. Les chercheurs ont posé plus de 7 500 questions sur les transports, le chauffage, l'alimentation et les politiques publiques, ce qui a produit près de 55 000 réponses.

Les chatbots sous-estiment-ils vraiment la voiture électrique ?

Oui, selon l'étude. Dans presque toutes les juridictions, y compris la Norvège, les modèles recommandent moins de véhicules électriques qu'il ne s'en vend déjà. Ils s'adaptent un peu au pays indiqué, mais pas assez.

Comment obtenir un conseil moins biaisé ?

Seth Wynes suggère de demander au chatbot de plaider pour l'option nouvelle, en plus de votre question initiale. Comparer les deux réponses aide à repérer l'effet du statu quo avant de décider.

Sources : neurosciencenews.com.

À propos de Adrien Marchal

Voir tous ses articles

Sommaire

Statistiques

Temps de lecture 5 min

Commentaires

Partage ton avis, pose une question, ou répond à quelqu'un.

Laisser un commentaire

Articles similaires