Fiche#1180424 /Psychologie
Psychologie
5 octobre 2026 6 min de lecture

Admirer une célébrité : pourquoi ce penchant va de pair avec le respect de l'autorité, selon une étude

En bref

Une étude de Psychological Reports relie la forte admiration pour une célébrité à plus de déférence envers l'autorité et aux normes traditionnelles.

Vous suivez de près un chanteur, une actrice ou un influenceur ? Une étude parue dans Psychological Reports, relayée par le site américain PsyPost, associe cette admiration forte à plus de déférence envers l'autorité et à un attachement aux normes traditionnelles. Le lien tient même quand on neutralise les opinions politiques générales.

En bref

  • Une forte admiration pour une célébrité va de pair avec plus de déférence envers l'autorité et d'attachement aux normes traditionnelles.
  • L'enquête porte sur 331 adultes américains recrutés en ligne, répartis à parts égales entre libéraux, modérés et conservateurs.
  • Le lien persiste après prise en compte de l'âge, du genre, des études, du statut social et de l'orientation politique.

Le chiffre clé : 331, adultes américains interrogés pour mesurer admiration des célébrités et attitudes envers l'autorité.

Admirer une star va de pair avec le respect de l'ordre établi

Vous avez un artiste préféré dont vous guettez chaque actualité. Cela dit-il quelque chose de votre rapport à l'autorité ? Selon des chercheurs de l'Australian National University, la réponse est oui, en moyenne. Les personnes qui admirent fortement une célébrité se montrent plus déférentes envers l'autorité et plus attachées aux normes traditionnelles.

L'étude, publiée dans Psychological Reports et détaillée par le site américain PsyPost, a été dirigée par Ho Huynh, maître de conférences à l'école de médecine et de psychologie de l'université. Son équipe voulait savoir quelles facettes précises de l'autoritarisme sont liées à l'admiration pour les personnalités publiques.

Le point important : le résultat ne se réduit pas à une affaire d'étiquette politique. Les chercheurs ont pris en compte l'orientation générale des participants, et le lien est resté visible.

Un vieux soupçon, relancé près de vingt-cinq ans plus tard

L'idée n'est pas neuve. En 2001, des chercheurs avaient proposé que les personnes enclines à s'en remettre à l'autorité soient attirées par les célébrités, souvent traitées comme des figures d'autorité sur une foule de sujets. Leur enquête auprès de participants britanniques n'avait pourtant trouvé aucun lien.

Depuis, la façon de décrire l'autoritarisme a changé. Un article de 2010 a défendu l'idée que l'autoritarisme de droite recouvre en réalité trois ensembles d'attitudes distincts mais proches :

  • l'autoritarisme au sens strict, qui implique agressivité et contrôle strict ;
  • le conservatisme, centré sur la soumission à l'autorité et le maintien du statu quo ;
  • le traditionalisme, centré sur l'attachement aux modes de vie et à la morale d'autrefois.

Cette grille plus fine, ajoutée aux évolutions de la culture des célébrités et de la politique, a donné aux chercheurs une raison de reprendre la question avec de nouveaux outils.

Une enquête auprès de 331 Américains, volontairement équilibrée

Les chercheurs ont recruté 331 adultes vivant aux États-Unis sur la plateforme en ligne Prolific. Le groupe a été construit pour contenir autant de personnes se disant libérales, modérées et conservatrices. Il n'est donc pas représentatif de la population américaine, et les auteurs le précisent.

Les participants avaient en moyenne environ 40 ans, tous au moins 18 ans, avec une majorité de femmes. Chacun a rempli la version courte, à sept questions, de l'échelle d'attitude envers les célébrités. Elle interroge sur sa personnalité favorite et distingue deux niveaux d'admiration.

  • Le niveau léger, social et divertissant : aimer suivre l'actualité de la star ou en discuter avec des amis.
  • Le niveau intense, qualifié de pathologique : sentir que la célébrité est une âme sœur ou partager avec elle un lien spécial, impossible à décrire.

Les participants ont aussi évalué les trois dimensions de l'autoritarisme de droite, par exemple leur accord avec l'idée que l'obéissance et le respect de l'autorité sont les vertus les plus importantes à enseigner aux enfants. Enfin, ils ont indiqué leur niveau d'études, leur statut socioéconomique et leur orientation politique sur une échelle de 11 points, de complètement libéral à complètement conservateur.

Le lien le plus net concerne la soumission à l'autorité

Premier constat : les deux formes d'admiration sont associées à des scores plus élevés sur les trois dimensions. Mais l'intensité du lien varie beaucoup, comme le montre le tableau des corrélations (0 signifie aucune relation).

DimensionAdmiration légèreAdmiration intense
Conservatisme (soumission à l'autorité)0,320,45
Traditionalisme0,190,32
Agressivité autoritairefaiblefaible

Autrement dit, ce n'est pas la dureté ni l'agressivité qui accompagnent le plus l'admiration, mais la déférence envers l'autorité. Plus l'attachement à la star est fusionnel, plus ce lien grimpe.

Côté politique pure, seule l'admiration intense était associée au conservatisme politique déclaré, et de façon modeste, avec une corrélation de 0,19.

Le résultat tient même en écartant l'étiquette politique

Restait un doute : et si tout cela venait simplement du fait que les conservateurs sont à la fois plus autoritaires et plus fans ? Pour le tester, l'équipe a fait tourner des modèles statistiques qui tenaient compte de l'âge, du genre, des études, du statut socioéconomique et de l'orientation politique générale.

Après ces corrections, l'admiration pour les célébrités continuait de prédire le conservatisme et le traditionalisme au sens de l'échelle. Sur le conservatisme, elle ajoutait une part d'explication nette, plus forte pour la forme intense que pour la forme légère. Sur le traditionalisme, sa contribution restait réelle mais bien plus petite.

Ho Huynh résume que cette association entre admiration et soumission à l'autorité semble solide et fiable. Selon lui, les personnes qui vénèrent leur star préférée tendent à préférer des autorités plus dominantes.

Un paradoxe politique et des limites à garder en tête

Le chercheur explique avoir été surpris, dans ses travaux précédents, de constater que les admirateurs de célébrités se décrivent plutôt comme politiquement conservateurs. Or les stars soutiennent souvent des causes plutôt libérales, comme le climat, l'immigration ou l'avortement. Ce travail pourrait aider à comprendre pourquoi des conservateurs américains seraient attirés par les célébrités malgré ce stéréotype.

Quelques précautions s'imposent. Il s'agit de corrélations : elles montrent que deux traits vont ensemble, pas que l'un cause l'autre. L'échantillon est américain, recruté en ligne et volontairement équilibré, ce qui interdit de transposer les chiffres tels quels à la France. Et les participants parlaient d'une seule personnalité favorite, pas de toutes les célébrités.

Pour vous, la lecture utile est modeste : un attachement émotionnel fort à une figure publique peut refléter un goût plus général pour l'ordre et les repères établis. Cela ne dit rien de votre cas personnel.

Vos questions

Admirer une célébrité rend-il plus obéissant ?

L'étude ne le démontre pas. Elle observe un lien statistique : les personnes qui admirent fortement une star se montrent en moyenne plus déférentes envers l'autorité. Il s'agit d'une corrélation, qui n'établit pas de cause.

Faut-il être de droite pour être fan d'une célébrité ?

Non. Le lien entre admiration et déférence envers l'autorité persiste même après prise en compte de l'orientation politique générale. Seule l'admiration intense était liée au conservatisme politique déclaré, et de façon modeste.

Ces résultats valent-ils pour les Français ?

Rien ne permet de l'affirmer. L'enquête porte sur 331 adultes américains recrutés en ligne, répartis volontairement à parts égales entre libéraux, modérés et conservateurs. Les auteurs soulignent que cet échantillon n'est pas représentatif de la population nationale.

Sources : psypost.org.

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