Fiche#1180059 /Psychologie
Psychologie
2 octobre 2026 6 min de lecture

Gentillesse stratégique : pourquoi certaines femmes l'utilisent face à leurs rivales, et ce que l'étude ne dit pas

En bref

Une étude sur 103 femmes montre que la gentillesse peut servir à devancer une rivale, et qu'elle va de pair avec un profil manipulateur.

Vous aidez une amie, vous offrez un service, vous faites bonne figure : et si ce geste servait aussi à marquer des points ? Selon le site américain PsyPost, une étude parue dans Frontiers in Psychology montre que certaines femmes disent utiliser la gentillesse pour devancer leurs rivales. Ce comportement va avec des traits manipulateurs.

En bref

  • Une étude de Frontiers in Psychology relie la gentillesse stratégique envers les rivales au machiavélisme et à une faible agréabilité.
  • L'enquête a interrogé 103 femmes de 18 à 45 ans, surtout britanniques, américaines et canadiennes, sur 15 affirmations.
  • Le score moyen de 2,51 reste sous le milieu de l'échelle : l'étude ne dit pas si le phénomène est courant.

Le chiffre clé : 103, femmes interrogées sur leur usage stratégique de la gentillesse, envers les femmes comme envers les hommes.

La gentillesse peut devenir une arme discrète dans la rivalité entre femmes

Faire plaisir à quelqu'un n'est pas toujours un geste gratuit. Maryanne Fisher, chercheuse en psychologie à l'Université Saint Mary's, au Canada, défend une idée simple : la bonté et la compétition ne s'opposent pas. Certains actes prosociaux peuvent avoir un but compétitif.

Son raisonnement part d'un constat. La rivalité entre femmes passe souvent par des moyens indirects et peu risqués : ragots, mise à l'écart, gestion de la réputation, plutôt que par l'affrontement ouvert. La gentillesse s'intègre bien à cette logique. Elle permet de gagner des alliées et une place dans le groupe, tout en restant très difficile à dénoncer comme de la compétition.

L'expression anglaise kill them with kindness, que Fisher cite elle-même, résume cette intuition. Son équipe est allée un cran plus loin : elle a voulu mesurer le phénomène. Il a fallu pour cela créer un outil dédié, le Competitive Altruism Survey.

Pendant longtemps, la générosité compétitive a surtout été étudiée chez les hommes

En psychologie évolutionniste, l'altruisme compétitif désigne le fait de donner ou d'aider d'une manière qui améliore sa réputation et son rang social. Une expérience de 2006 a montré que des sacrifices généreux et visibles procurent du statut et de l'influence, parce que les observateurs préfèrent ces personnes comme futurs partenaires.

Les scientifiques y ont d'abord vu une tactique plutôt masculine pour gagner du statut et séduire. Une expérience de 2012 indiquait que des hommes se disputaient l'occasion d'endurer douleur et désagrément pour obtenir une place dans le groupe, tandis que les femmes restaient en retrait de cette démonstration. La générosité visible était alors lue comme un signal de qualité envoyé à un large public.

Fisher y voit un vrai trou dans la recherche. Selon elle, la plupart des travaux se sont concentrés sur les hommes et sur leurs démonstrations publiques, comme devenir plus généreux en présence d'une partenaire potentielle. Les études incluant des femmes donnaient des résultats très mitigés, peut-être parce qu'on cherchait au mauvais endroit. Une revue de 2020 rappelle d'ailleurs que les femmes poursuivent plutôt le statut par des stratégies subtiles et peu risquées.

103 femmes ont noté 15 phrases sur l'usage stratégique de la gentillesse

L'équipe a recruté, via une plateforme de recherche en ligne, 103 femmes hétérosexuelles cisgenres âgées de 18 à 45 ans, venues surtout du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada. Le projet est né d'une bourse du gouvernement canadien, qui a permis à Fisher de passer un mois à l'Universidad del Desarrollo, à Santiago du Chili, avec un financement complémentaire chilien.

Les participantes devaient évaluer 15 affirmations décrivant un usage stratégique de la gentillesse : par exemple aider quelqu'un pour en tirer un avantage, ou se montrer généreuse pour paraître meilleure qu'une rivale. Chacune notait deux fois ces phrases : d'abord selon sa façon d'agir envers les autres femmes, puis envers les hommes.

Elles ont aussi répondu à plusieurs questionnaires reconnus. L'un mesure le machiavélisme, un trait qui consiste à traiter la vie sociale comme un terrain à manipuler pour son profit. D'autres portent sur les grands traits de personnalité, dont l'agréabilité, et sur la tendance à donner des réponses socialement désirables ou à s'attribuer des comportements trop vertueux pour être crédibles.

Plus de machiavélisme et moins d'agréabilité : le profil qui ressort

Le résultat le plus net est une forte association positive entre altruisme compétitif et machiavélisme. Les femmes qui déclarent plus de gentillesse stratégique ont aussi plus souvent une approche manipulatrice et intéressée des relations sociales. À l'inverse, le lien avec l'agréabilité, le trait associé à la chaleur sincère, à la confiance et à la coopération, est négatif.

Trait mesuréLien avec la gentillesse stratégique
MachiavélismeAssociation positive forte
AgréabilitéAssociation négative
ExtraversionAucun lien
ConscienciositéAucun lien
NévrosismePas de lien direct, mais un lien avec l'anxiété et la frustration qui l'accompagnent

Certaines prédictions des chercheurs ne se sont donc pas vérifiées : l'extraversion et la conscienciosité n'ont aucun rapport avec ce comportement. Le névrosisme, lui, n'est pas relié à la gentillesse stratégique elle-même. Il est relié à ce qui peut l'entourer : la crainte que sa gentillesse paraisse insincère, ou le désarroi quand elle passe inaperçue.

Un score moyen sous le milieu de l'échelle : l'étude ne dit pas si c'est courant

Fisher y insiste : le score moyen d'altruisme compétitif est de 2,51, sous le point neutre de l'échelle. En moyenne, les participantes avaient donc plutôt tendance à rejeter ces affirmations stratégiques. Ce n'est pas le portrait de « la » femme, mais celui d'un sous-groupe qui reconnaît ce comportement.

L'étude indique quelles femmes déclarent cette pratique et comment elle se relie à la personnalité. Elle ne dit pas à quel point la gentillesse stratégique est répandue dans la vie quotidienne, ni si elle marche vraiment. Selon la chercheuse, il faudra des études de suivi pour y répondre.

Elle précise aussi que l'on n'a pas forcément conscience d'un tel motif derrière sa propre générosité, et que tous les gestes aimables ne relèvent pas de la compétition. Pour vous, la leçon est nuancée : un geste gentil peut cacher plusieurs motivations, sans que cela suffise à le rendre faux.

Vos questions

Toute gentillesse est-elle intéressée ?

Non. Maryanne Fisher précise que tous les actes « gentils » ne sont pas faits pour la compétition. Son point est que dire que gentillesse et compétition sont opposées est inexact, car certains comportements prosociaux peuvent servir un but compétitif.

Quels traits de personnalité sont liés à la gentillesse stratégique ?

Les femmes qui la déclarent davantage ont aussi un score plus élevé de machiavélisme, une approche manipulatrice des relations. Elles ont en revanche un score plus bas d'agréabilité. L'extraversion et la conscienciosité n'ont montré aucun lien.

Cette étude prouve-t-elle que la gentillesse stratégique fonctionne ?

Non. L'étude mesure ce que les participantes déclarent et son rapport avec la personnalité. Elle ne dit ni si le comportement est fréquent au quotidien, ni s'il est efficace. Fisher indique que des études de suivi sont nécessaires.

Sources : psypost.org.

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