Quelqu'un vous demande comment vous allez. Vous répondez « ça va », même quand ce n'est pas vrai. Alix, 39 ans, connaît ce réflexe par cœur. Elle raconte pourquoi elle cache ce qu'elle ressent, et ce que cette habitude, appelée suppression émotionnelle, finit par coûter aux relations comme au bien-être.
En bref
- Alix, 39 ans, répond toujours « ça va », surtout quand ça ne va pas, par habitude de cacher ses émotions.
- Une étude de 2003 associe la suppression émotionnelle à des soucis de communication, plus de stress et moins de lien.
- Éducation sans place pour les émotions, peur du jugement et besoin de contrôle peuvent expliquer ce réflexe de protection.
Le chiffre clé : 39 ans, L'âge d'Alix, qui répond « ça va » même quand tout va mal.
Alix répond « ça va » par réflexe, surtout quand ça ne va pas
Deux petits mots, et la conversation passe à autre chose. « Ça va » est la réponse la plus pratique quand on n'a pas envie d'expliquer. Alix, 39 ans, en a fait un automatisme. Elle le reconnaît sans détour : « Je réponds toujours 'ça va', même quand ce n'est pas le cas et surtout quand ça ne va pas ».
Son témoignage, publié par le magazine Psychologies, touche un point sensible : partager ce que l'on ressent demande de montrer une part de vulnérabilité. Et ce n'est pas simple pour tout le monde.
Dès le plus jeune âge, on apprend aux enfants à comprendre leurs émotions, puis à les gérer et à les maîtriser. Mais une fois adulte, beaucoup de personnes n'ont pas reçu tous les codes pour saisir la subtilité de ce qu'elles éprouvent. Comprendre ses émotions demande un travail sur soi, de l'expérience et un certain recul. Dire « ça va » évite d'avoir à tout démêler devant quelqu'un.
Une étude de 2003 relie émotions cachées, stress et distance
Cacher ses émotions peut sembler une stratégie efficace. Une étude menée en 2003 nuance fortement cette idée : dissimuler ce que l'on ressent n'est pas forcément bénéfique, bien au contraire.
Selon ses résultats, la suppression émotionnelle peut provoquer des problèmes de communication, augmenter le stress et limiter le lien avec les autres, en particulier la connexion. Les chercheurs décrivent ce qu'ils ont observé chez des femmes qui réprimaient leurs émotions :
« La répression a eu un impact négatif sur le vécu émotionnel des femmes qui réprimaient leurs émotions et a augmenté la pression artérielle chez ces dernières et leurs partenaires. La répression a également réduit l'affinité émotionnelle et freiné la formation de la relation. »
Les chercheurs de l'étude de 2003
Retenez deux choses. Se taire ne protège pas seulement : cela pèse aussi sur l'entourage, puisque la pression artérielle des partenaires a augmenté. Et le « ça va » de façade ne préserve pas la relation : il freine l'affinité qui permet de se rapprocher.
Dire que tout va bien, minimiser, éviter : les signes de la suppression émotionnelle
Répondre « ça va » à tout propos fait partie des signes les plus courants. Mais ce n'est pas le seul. Voici les réflexes qui reviennent quand on supprime ses émotions :
- dire que tout va bien alors que ce n'est pas forcément le cas ;
- minimiser ce que l'on ressent avec des phrases comme « ce n'est pas grave » ou « ça va passer » ;
- éviter à tout prix les conversations émotionnelles ou liées à l'intime.
Si vous vous reconnaissez dans cette liste, comme Alix, il y a des raisons qui l'expliquent. Elles n'ont rien d'un défaut de caractère.
Le comportement n'est pas anodin sur la durée. Il peut favoriser des troubles de santé mentale, limiter le bien-être, isoler, et dans le pire des cas, nourrir une forme de dépression. Voilà pourquoi la répétition compte : un « ça va » ponctuel est banal, un « ça va » systématique devient une habitude qui enferme.
Enfance, peur du jugement, besoin de contrôle : trois raisons de se taire
Pourquoi certaines personnes cachent-elles ce qu'elles ressentent ? Les explications avancées se résument en trois pistes.
| Raison possible | Ce qui se joue |
|---|---|
| Une éducation sans place pour les émotions | On a dû les réprimer en permanence, donc à l'âge adulte il est difficile de les identifier et de les partager. |
| La peur du jugement | Montrer tristesse, colère ou sensibilité est perçu comme une faiblesse ou une faille. Se taire devient une protection. |
| Un besoin de contrôle constant | Ne pas partager ses émotions, c'est garder la maîtrise de soi et de la situation. |
Ces trois mécanismes peuvent se combiner. Quelqu'un qui n'a pas pu exprimer ses émotions enfant apprend à les enfouir. Adulte, il craint en plus d'être jugé, et se tient donc d'autant plus à carreau.
Dans les trois cas, le « ça va » joue le même rôle : un bouclier. Il évite d'exposer sa vulnérabilité, mais il laisse aussi l'autre sans prise pour vous comprendre.
Mettre des mots sur ce que l'on ressent, c'est ne plus tout porter seul
Répondre « ça va » alors que ce n'est pas le cas n'est pas tant un problème en soi. C'est plutôt un indice : il éclaire certaines blessures, ou un comportement qui, avec le temps, peut limiter l'épanouissement.
Le risque vient de l'automatisme. À force, il peut nous éloigner de nos propres émotions et de celles des autres, ce qui renforce l'isolement ou freine le bien-être.
La piste proposée est simple à énoncer, moins à appliquer : mettre des mots sur ses émotions. Accepter de ne plus avoir à tout porter, tout seul. Dire que l'on ne va pas bien peut même être une façon de prendre soin de soi.
La prochaine fois qu'on vous demandera comment vous allez, observez votre réponse. Si « ça va » sort avant même que vous ayez réfléchi, vous tenez peut-être là un premier repère.
Vos questions
Qu'est-ce que la suppression émotionnelle ?
C'est le fait de dissimuler ce que l'on ressent. Elle se repère à des réflexes comme dire que tout va bien, minimiser ses émotions ou éviter les conversations intimes. Une étude de 2003 l'associe à des problèmes de communication, à plus de stress et à des liens plus faibles.
Pourquoi certaines personnes répondent-elles toujours « ça va » ?
Plusieurs raisons sont avancées : une enfance où les émotions n'avaient pas leur place, la peur d'être jugé, ou un besoin de contrôle constant. Dans chaque cas, taire ses émotions devient une forme de protection.
Que faire pour sortir de ce réflexe ?
La piste évoquée est de mettre des mots sur ses émotions et d'accepter de ne plus tout porter seul. Dire que ça ne va pas peut aussi être une façon de prendre soin de soi.
Sources : Psychologies.