Vous êtes brillante, vous résolvez vite les problèmes, et pourtant vos collègues vous aident moins. Une étude publiée dans le Journal of Applied Psychology, relayée par le site américain PsyPost, montre que les femmes à forte capacité cognitive sont perçues comme plus hostiles, donc moins soutenues. Pour les hommes, c'est l'inverse.
En bref
- Les femmes aux scores cognitifs élevés sont jugées plus hostiles par leurs coéquipiers, alors que les hommes ne subissent pas cet effet.
- Deux études, l'une sur 432 étudiants américains, l'autre sur 394 salariés d'une société financière chinoise, aboutissent au même constat.
- Ces femmes reçoivent moins d'aide et subissent plus de mises à l'écart, comme la rétention d'informations par leurs coéquipiers.
Le chiffre clé : 394, salariés d'une entreprise financière chinoise suivis dans la seconde étude.
Un talent qui se paie en hostilité perçue
Le site américain PsyPost rapporte les conclusions d'un article du Journal of Applied Psychology. Le constat est net : les femmes qui obtiennent de bons résultats à des tests de capacité cognitive font face à des pénalités sociales propres. Leurs collègues les jugent plus hostiles et leur apportent moins de soutien.
Les hommes aux scores similaires n'y sont pas exposés. Dans certains cas, ils sont même mieux traités par leurs pairs. Même niveau de compétence, accueil opposé.
La capacité cognitive désigne ici l'aptitude à apprendre, raisonner, résoudre des problèmes et comprendre des idées complexes.
Des rôles attendus que la compétence vient bousculer
L'explication s'appuie sur la théorie des rôles sociaux. La société entretient des règles tacites : on attend des femmes qu'elles soient serviables, bienveillantes, attentives aux autres. On attend des hommes qu'ils soient décisifs, indépendants, compétitifs et très capables.
Quand quelqu'un sort de ce cadre, la désapprobation sociale suit. Des travaux antérieurs montraient déjà que les femmes qui se montrent dominantes subissent des pénalités professionnelles. D'autres, plus récents, suggéraient que la compétence pouvait au contraire les aider à accéder à des postes de direction.
L'équipe menée par Nitya Chawla, de l'université du Minnesota, a voulu vérifier si cet avantage tenait dans la vie quotidienne d'une équipe. Son hypothèse : afficher une forte intelligence pourrait se retourner contre elles.
Les chercheurs mobilisent un mécanisme psychologique : quand une femme paraît très compétente, ses pairs supposent, sans s'en rendre compte, qu'elle manque de qualités de chaleur et de bienveillance. Ils l'imaginent plus froide, voire hostile.
Deux terrains, des étudiants américains aux salariés chinois
La première étude a suivi 432 étudiants en gestion d'une université publique américaine. Répartis en petites équipes, ils ont mené pendant un semestre un projet de conseil pour des organisations locales. Au bout d'environ quatre semaines, ils ont passé le test Wonderlic, une mesure standard de l'aptitude mentale générale.
Sept semaines plus tard, chacun a évalué l'hostilité ou la colère de ses coéquipiers. Quelques semaines après, ils ont indiqué l'aide reçue et les formes discrètes de victimisation vécues, comme la rétention d'informations.
La seconde étude a porté sur 394 salariés à temps plein d'une société financière en Chine. L'entreprise impose un test cognitif à tous les candidats, ce qui a fourni des scores objectifs. Deux enquêtes espacées d'environ trois semaines ont mesuré hostilité, caractère bienveillant, victimisation et aide reçue.
| Étude | Participants | Terrain |
|---|---|---|
| 1 | 432 | Étudiants en gestion, États-Unis |
| 2 | 394 | Salariés d'une société financière, Chine |
Plus de victimisation, moins d'aide : le double piège des femmes
Dans les deux études, les femmes aux scores cognitifs élevés sont jugées plus hostiles. Parce qu'elles sont perçues ainsi, elles déclarent aussi davantage de victimisation. Elles reçoivent moins d'aide pour leurs tâches et moins de soutien émotionnel.
Dans l'étude chinoise, elles sont en plus jugées moins bienveillantes que leurs pairs. Les chercheurs décrivent un double piège : perçues comme manquant de chaleur, tout en dégageant de l'hostilité.
Chez les hommes, le tableau diffère. Dans l'étude étudiante, un score élevé ne change rien à l'hostilité perçue ni à l'aide reçue. Dans l'échantillon d'entreprise, il est associé à moins d'hostilité perçue, donc à moins de victimisation et à plus d'aide de la part des coéquipiers.
Des résultats à lire avec prudence
Les auteurs soulignent plusieurs limites. Les échantillons sont de taille modérée. Étudiants en gestion et salariés d'une société financière forment des milieux où les capacités sont déjà très sélectionnées. Dans la population générale, l'éventail des scores serait bien plus large, ce qui pourrait modifier la force des liens observés.
La victimisation et l'aide reçue reposent aussi sur des questionnaires auto-déclarés : elles passent par le prisme de la personne concernée. En revanche, la perception de l'hostilité vient des coéquipiers eux-mêmes.
Le motif reste cohérent sur deux cultures différentes. Pour vous, c'est un signal utile : si un collègue brillant vous paraît froid, demandez-vous si ce n'est pas un biais qui parle.
Vos questions
Les hommes très intelligents sont-ils aussi jugés hostiles ?
Non. Dans l'étude auprès d'étudiants, un score élevé ne changeait rien à l'hostilité perçue chez les hommes. Dans l'entreprise chinoise, il était même lié à moins d'hostilité perçue et à plus d'aide.
Comment l'intelligence a-t-elle été mesurée ?
Les étudiants ont passé le test Wonderlic, une évaluation standard de l'aptitude mentale générale. Dans la société financière, les chercheurs ont utilisé les scores du test cognitif imposé à tous les candidats lors du recrutement.
Peut-on généraliser ces résultats à toute la population ?
Pas sans prudence. Les échantillons sont de taille modérée et issus de milieux où les capacités sont déjà sélectionnées. L'éventail des scores serait plus large dans la population générale, ce qui pourrait changer la force des liens.
Sources : psypost.org.