Deuxième séance de thérapie, et un conseil qui sidère : couper les ponts avec sa mère. Shoshana Rubli, consultante en marketing de 42 ans, l'a suivi. Son cas illustre un retournement : après des décennies à prôner le dialogue familial, certains thérapeutes recommandent la rupture. Chercheurs et praticiens s'affrontent sur ce que cela change pour vous.
En bref
- Shoshana Rubli, 42 ans, a rompu avec sa mère après un conseil reçu lors de sa deuxième séance de thérapie.
- Des décennies à encourager le dialogue en famille, puis certains thérapeutes prônent désormais de couper les ponts pour se protéger.
- Les partisans invoquent la santé mentale, les détracteurs, dont de nombreux chercheurs, dénoncent un comportement autocentré et un aveuglement destructeur.
Le chiffre clé : 42 ans, L'âge de Shoshana Rubli, qui a coupé les ponts avec sa mère sur conseil de son thérapeute.
Une rupture décidée dès la deuxième séance
Shoshana Rubli n'était pas au bout du rouleau quand elle a poussé la porte de ce cabinet. Pourtant, dès la deuxième séance, son thérapeute lui donne un conseil qui la laisse stupéfaite. Il lui recommande de rompre avec sa mère.
Elle aurait pu refuser. Elle a fait l'inverse. Le professionnel lui avait été recommandé par une connaissance et affichait de solides références. Alors elle a appliqué la consigne, et elle a coupé les ponts.
Son explication tient en une phrase : « C'était un argument d'autorité, alors je l'ai écouté. » Cette consultante en marketing de 42 ans décrit un mécanisme que beaucoup reconnaîtront : face à quelqu'un dont c'est le métier de comprendre les relations humaines, on doute moins de soi et plus de ses proches.
La question qui suit est brutale : est-ce vraiment salvateur de briser le cœur de sa mère ? C'est elle que pose le débat qui agite aujourd'hui le monde de la thérapie.
Le dialogue familial n'est plus le seul mot d'ordre
Pendant des décennies, la logique dominante allait dans un sens. Face aux difficultés d'une famille, on incitait ses membres à mieux communiquer pour les surmonter ensemble. Réparer, parler, se retrouver.
Aujourd'hui, une partie des thérapeutes défend la méthode inverse : couper les ponts pour prendre soin de soi. Le lien n'est plus un acquis à préserver à tout prix. Il devient une variable que l'on peut ajuster, voire supprimer, si elle abîme.
Ce renversement est le cœur de l'affaire. Il ne s'agit pas d'un détail technique entre écoles de pensée. Il touche à ce que nous attendons de nos parents, de nos frères, de nos conjoints, et à ce que nous nous devons à nous-mêmes quand la relation fait mal.
Deux camps, deux lectures de la même rupture
Les partisans de cette approche estiment qu'en conseillant à leurs patients de rompre avec un proche ou un conjoint jugé toxique, ou qui ne les soutient pas, ils les aident à préserver leur santé mentale et à grandir sur le plan émotionnel.
Les détracteurs, parmi lesquels de nombreux chercheurs spécialistes de la question, voient les choses autrement. Selon eux, cette pratique encourage des comportements autocentrés et un aveuglement destructeur pour les familles.
| Position | Argument central |
|---|---|
| Partisans de la rupture | Préserver sa santé mentale et grandir sur le plan émotionnel |
| Détracteurs, dont de nombreux chercheurs | Encourager l'autocentrage et un aveuglement destructeur pour les familles |
Le désaccord ne porte donc pas sur la souffrance, que personne ne nie, mais sur le remède. L'un voit une protection, l'autre un risque de fuite qui laisse des dégâts de part et d'autre.
Un point d'accord : s'éloigner est parfois légitime
Le débat n'est pas aussi binaire qu'il y paraît. La plupart des thérapeutes reconnaissent qu'il est parfois légitime de s'éloigner d'un parent ou d'un proche. C'est d'autant plus vrai en cas d'abus physiques.
La vraie ligne de fracture se situe donc ailleurs : à partir de quand parle-t-on d'une relation à fuir ? Une section de l'article d'origine s'intitule d'ailleurs « Élargissement de la définition des abus ». Le titre dit l'enjeu : plus la notion de toxicité s'étend, plus la rupture peut sembler justifiée dans des situations très différentes.
Entre le danger physique, où presque tout le monde s'accorde, et le proche qui ne vous soutient pas assez, la distance est grande. C'est dans cet espace flou que se jouent les décisions, et que le poids de l'avis d'un thérapeute devient considérable.
Ce que cela change pour vous
Si vous suivez une thérapie, ou si vous songez à en commencer une, le cas de Shoshana Rubli invite à garder la tête froide. Son thérapeute avait des références et un bon bouche-à-oreille. Cela n'a pas empêché le conseil d'être sujet à controverse.
Quelques réflexes simples ressortent de ce débat :
- Distinguer un conseil d'une décision : la rupture reste la vôtre.
- Se demander si la situation relève d'un danger réel, comme des abus physiques, ou d'un désaccord.
- Garder en tête que des chercheurs spécialistes de la question jugent cette pratique risquée pour les familles.
Personne ne vous demande de rester dans une relation qui vous détruit. Mais l'« argument d'autorité » dont parle Shoshana Rubli mérite d'être examiné avant d'agir, surtout quand la décision est difficile à défaire.
Vos questions
Que reproche-t-on aux thérapeutes qui conseillent de couper les ponts ?
Leurs détracteurs, dont de nombreux chercheurs spécialistes de la question, estiment que cela encourage des comportements autocentrés et un aveuglement destructeur pour les familles. Ils y voient une réponse qui néglige les conséquences sur l'ensemble des proches.
Quels arguments avancent les partisans de la rupture ?
Ils jugent qu'en conseillant de rompre avec un proche ou un conjoint toxique, ou qui ne les soutient pas, ils aident leurs patients à préserver leur santé mentale. Ils y voient aussi une façon de grandir sur le plan émotionnel.
S'éloigner d'un proche est-il toujours critiqué ?
Non. La plupart des thérapeutes reconnaissent qu'il est parfois légitime de s'éloigner d'un parent ou d'un proche, surtout en cas d'abus physiques. Le débat porte sur les situations moins nettes, où la définition des abus s'élargit.
Sources : courrierinternational.com.