Vous avez une heure devant vous, personne à l'horizon. Selon le mot que vous mettez dessus, ce moment sera un répit ou une mise à l'écart. Une étude parue dans Cognition and Emotion montre que nommer ce temps « temps pour soi » plutôt qu'« isolement » change les émotions ressenties, dès 30 minutes.
En bref
- Cognition and Emotion : 1 500 adultes américains ont évalué cinq façons de nommer le temps passé seul.
- « Temps pour soi » est jugé le plus positif et associé à la relaxation, aux soins personnels et au plaisir.
- Après 30 minutes seul, « temps pour soi » a fait monter l'affect positif, « isolement » l'a fait baisser.
Le chiffre clé : 1 500, adultes américains ont évalué cinq façons de nommer le temps passé seul.
Le temps passé seul n'explique pas, à lui seul, le sentiment de solitude
Vous connaissez sans doute quelqu'un qui savoure ses soirées sans personne, et quelqu'un d'autre qui allume la télévision dès que la porte se referme. Même emploi du temps, ressenti opposé. Il n'existe d'ailleurs aucune durée à partir de laquelle tout le monde se sentirait seul.
Une étude publiée en décembre 2023 dans le Journal of Research in Personality avait déjà établi qu'il n'y a pas de corrélation étroite entre le temps passé seul et le sentiment de solitude. Chez les personnes qui éprouvent le plus ce sentiment, on trouve deux profils : celles qui passent très peu de temps seules, et celles qui sont isolées des autres une grande partie du temps.
Reste une question très concrète : quand le temps seul est inévitable, comment mieux le vivre ? Une nouvelle étude explore un levier inattendu : les mots.
Deux expériences ont testé l'effet des mots sur 1 500 adultes puis 145 étudiants
L'étude est signée Micaela Rodriguez et Scott W. Campbell, et publiée dans la revue Cognition and Emotion. Leur question : les mots choisis pour parler du temps passé seul changent-ils la façon dont on le perçoit et dont on y réagit sur le plan émotionnel ?
Le terrain était balisé. Des recherches antérieures avaient montré que les choix de langage sont des outils clés pour modifier les réponses émotionnelles dans les situations stressantes, ou pour influencer le comportement des consommateurs. Restait à vérifier l'idée pour la solitude.
| Expérience | Participants | Consigne |
|---|---|---|
| 1 | 1 500 adultes américains | Évaluer une des cinq formulations tirée au hasard : temps pour soi, temps seul, solitude, être seul ou isolement |
| 2 | 145 étudiants de premier cycle | Passer 30 minutes seuls dans un lieu choisi, présentées comme de l'isolement ou du temps pour soi |
« Temps pour soi » évoque le plaisir, « isolement » l'exclusion sociale
Dans la première expérience, chaque participant n'a vu qu'une seule des cinq formulations. Il a indiqué si le terme lui semblait positif ou négatif, quel effet il lui prêtait sur son bien-être, et s'il chercherait ou éviterait activement ce type de moment.
Le résultat est net : chaque manière de désigner le temps seul est perçue différemment. « Temps pour soi » est systématiquement jugé le plus positif, notamment pour ses effets sur le bien-être. Les participants l'ont associé aux soins personnels, à la relaxation et au plaisir.
À l'opposé, « isolement » est le terme le plus négativement perçu. Il renvoie à l'exclusion sociale et à la solitude. Une même réalité, deux imaginaires très différents.
Pendant 30 minutes seul, l'étiquette a suffi à faire bouger les émotions
La seconde expérience a mis les mots à l'épreuve d'un vrai moment passé seul. Plusieurs jours avant, chaque étudiant a rempli un questionnaire sur ses croyances de base à propos de la solitude et de l'isolement, ainsi que sur son estime de soi et son soutien social.
Le jour de la séance, 30 minutes dans un lieu de son choix, sans aucune interaction sociale. Lecture ou écriture restaient permises. La différence entre les groupes, constitués au hasard : la séance était présentée comme de l'« isolement » ou comme du « temps pour soi ». Ensuite, les participants ont évalué leurs émotions, décrit leurs pensées et leurs comportements, puis réévalué leurs croyances sur le fait d'être seul.
Ceux à qui l'on avait annoncé du « temps pour eux » ont signalé une hausse de l'affect positif. Ceux à qui l'on avait parlé d'« isolement » ont connu une baisse des émotions positives. Et après l'expérience, les croyances sur le temps passé seul étaient globalement plus positives.
Le cadrage compte, mais l'étude porte sur 30 minutes, pas sur un isolement durable
Pour vous, la piste est simple à tester : la prochaine fois qu'un créneau seul se présente, regardez le mot que vous lui collez. Se dire qu'on est « isolé » ou qu'on s'offre du « temps pour soi » n'a pas produit les mêmes émotions dans l'expérience.
Gardons la mesure. Le test porte sur 30 minutes, dans un lieu choisi, avec des étudiants de premier cycle. Il ne dit pas qu'un mot suffit à régler une solitude installée. La solitude n'est d'ailleurs pas vécue de la même manière par tous.
Ce qui ressort, c'est que le vécu du temps seul ne dépend pas seulement de sa durée : le cadre mental qu'on lui donne compte aussi.
Vos questions
Combien de temps seul faut-il pour se sentir seul ?
Il n'existe pas de quantité de temps à partir de laquelle tout le monde ressent la solitude. Une étude de décembre 2023 du Journal of Research in Personality n'a pas trouvé de corrélation étroite entre temps passé seul et sentiment de solitude.
Quel mot est perçu comme le plus positif pour parler du temps seul ?
Dans l'étude de Cognition and Emotion, « temps pour soi » arrive systématiquement en tête. Les participants l'associent aux soins personnels, à la relaxation et au plaisir, alors qu'« isolement » est perçu le plus négativement.
Que s'est-il passé pendant les 30 minutes de l'expérience ?
145 étudiants sont restés seuls dans un lieu de leur choix, sans interaction sociale, mais avec lecture ou écriture possibles. Ceux à qui l'on parlait de « temps pour soi » ont ressenti plus d'émotions positives, ceux à qui l'on parlait d'« isolement » en ont ressenti moins.
Sources : Psychologies.