Votre agenda se remplit presque tout seul, et votre assistant vous propose un dîner entre amis sans que vous l'ayez demandé. C'est ce que promet Muse, le nouvel assistant de Meta. L'économiste Tomas Sedlacek y voit une question plus vaste : quand la machine décide pour nous, que reste-t-il à désirer ?
En bref
- Meta a présenté Muse, un assistant personnel qui organise votre emploi du temps et fait des suggestions de sa propre initiative.
- Les mythes mésopotamiens expliquaient déjà l'homme par le travail : les dieux ont créé les humains pour les décharger des tâches pénibles.
- Tomas Sedlacek pose une question simple : si les machines héritent de la corvée, que deviendront nos désirs ?
Le chiffre clé : 1957, année de fondation du quotidien économique tchèque où paraît cette réflexion.
Muse, l'assistant de Meta, organise votre agenda et propose des sorties de sa propre initiative
Meta, la maison mère de Facebook, a récemment présenté un nouvel assistant personnel d'intelligence artificielle baptisé Muse. L'application sert à organiser votre emploi du temps. Elle ne se contente pas d'attendre vos ordres : elle fait aussi des suggestions de son propre chef. Exemple donné : vous proposer un dîner entre amis.
L'information est rapportée par le quotidien économique tchèque Les Nouvelles économiques, où l'économiste et philosophe Tomas Sedlacek s'en sert comme point de départ. Son texte, repris en France par Courrier international, ne s'arrête pas à la fiche technique de l'outil. Il pose la question de ce qu'il adviendra de nos désirs lorsqu'une machine les devance.
La nuance compte. Un assistant qui exécute une demande vous laisse l'initiative. Un assistant qui suggère de lui-même un dîner déplace le moment où l'envie naît. Ce n'est plus vous qui pensez à appeler vos amis : c'est une notification qui y pense à votre place.
Le nom de Muse n'est pas anodin : d'inspiratrice des poètes à ligne de code
Le choix du nom est au cœur de la réflexion de Tomas Sedlacek. Autrefois, la Muse inspirait des vers aux poètes, insufflait l'amour aux jeunes gens et dessinait l'avenir dans l'esprit des dirigeants. Elle apparaissait parfois, se faisait discrète à d'autres moments, et brillait souvent par son absence. Désormais, elle est intégrée à une machine.
| La Muse d'autrefois | La Muse de Meta |
|---|---|
| Inspire des vers aux poètes | Organise votre emploi du temps |
| Insuffle l'amour aux jeunes gens | Suggère un dîner entre amis |
| Dessine l'avenir dans l'esprit des dirigeants | Fait des propositions de son propre chef |
| Apparaît, se fait discrète ou s'absente | Reste disponible dans l'application |
Le contraste est volontaire. L'inspiration classique était capricieuse, rare, imprévisible. Celle d'une application est permanente. On peut y voir un progrès. On peut aussi se demander ce que devient une envie qui ne manque jamais de relais.
Les mythes mésopotamiens voyaient déjà l'homme comme un être créé pour travailler à la place des dieux
Pour élargir le propos, Tomas Sedlacek remonte aux mythes mésopotamiens de l'Antiquité. Ils concevaient le sens et l'identité de l'être humain à travers le travail, une idée que Karl Marx reprendra plus tard. Dans ces récits, les dieux créent et façonnent des êtres vivants. Ils les chargent des tâches pénibles qu'ils devaient jusque-là accomplir eux-mêmes, et soulagent ainsi les dieux inférieurs de cette corvée.
Le texte cite le cas de Marduk, dieu protecteur de Babylone : il crée une espèce d'être appelée l'homme, sur qui reposera le service des dieux, afin de les soulager. Les humains sont donc nés comme main-d'œuvre divine.
Le parallèle saute aux yeux. Nous, humains, attendons précisément la même chose des machines et de l'apprentissage automatique : qu'elles prennent en charge ce que nous ne voulons plus faire. Nous sommes devenus les dieux de ce vieux récit, et les machines les nouveaux serviteurs.
Quand la corvée disparaît, ce sont nos désirs qui deviennent la vraie question
Si le travail a longtemps donné un sens à l'existence, que se passe-t-il quand il est délégué ? La question de Tomas Sedlacek se déplace de l'emploi du temps vers l'envie. Le temps libéré par une machine ne se remplit pas tout seul. Il faut savoir ce que l'on veut en faire.
C'est là que Muse devient révélatrice. Elle propose un dîner, donc elle suppose un désir de sociabilité. Elle remplit une soirée vide, donc elle anticipe un désir de ne pas s'ennuyer. Plus l'assistant devance, moins vous avez l'occasion de ressentir ce manque qui, souvent, fait naître une envie authentique.
L'extrait de l'article que nous avons ne livre pas de réponse définitive, et le mieux est de ne pas lui en prêter. Il pose le problème de façon ouverte : si l'on délègue la corvée aux machines, il faudra bien décider ce que l'on désire faire de ce temps retrouvé.
Face à un assistant qui suggère, repérer ce qui vient de vous et ce qui vient de l'application
Concrètement, cette réflexion vous invite à un petit exercice. Quand une suggestion arrive, demandez-vous si l'envie existait avant la notification. Un dîner entre amis proposé par Muse peut être une très bonne idée. L'enjeu est de savoir si vous l'auriez eue sans elle.
- Notez ce que vous acceptez sans y penser.
- Gardez des plages sans suggestion, pour voir ce qui surgit.
- Repérez les envies qui reviennent d'elles-mêmes, elles sont à vous.
Ces gestes ne condamnent pas l'outil. Ils rappellent simplement que déléguer l'organisation ne dispense pas de savoir ce que l'on veut.
Vos questions
Qu'est-ce que Muse, le nouvel assistant de Meta ?
Muse est un assistant personnel d'intelligence artificielle présenté récemment par Meta, la maison mère de Facebook. Il aide à organiser votre emploi du temps et fait des suggestions de sa propre initiative, par exemple proposer un dîner entre amis.
Quel rapport entre Muse et les mythes mésopotamiens ?
Dans ces mythes, les dieux créent les humains pour leur confier les tâches pénibles. Marduk, protecteur de Babylone, fait ainsi naître l'homme pour soulager les dieux. Tomas Sedlacek compare cela à ce que nous attendons des machines aujourd'hui.
Que demande exactement Tomas Sedlacek ?
L'économiste et philosophe s'interroge sur ce qu'il adviendra de nos désirs si l'intelligence artificielle accomplit le travail à notre place. Il interroge aussi la manière dont nous occuperons le temps ainsi libéré.
Sources : courrierinternational.com.