Vous avez peut-être, quelque part dans votre cerveau, des cellules qui ne sont pas les vôtres, mais celles de votre mère. Une équipe américaine en a trouvé chez 70 % des enfants étudiés. Ces cellules ne font pas que passer : elles s'intègrent au tissu cérébral.
En bref
- Sur 37 paires mère-enfant, 26 enfants avaient des cellules maternelles dans le cerveau, y compris dans l'hippocampe, zone clé de la mémoire.
- Ces cellules se transforment en neurones, astrocytes, microglie et autres cellules cérébrales, selon l'analyse de l'activité de leurs gènes.
- Publiée en préimpression le 10 juin 2026, l'étude n'a pas encore été validée par une revue à comité de lecture.
Le chiffre clé : 70 % des enfants étudiés portaient des cellules de leur mère dans le cerveau.
Vingt-six enfants sur 37 hébergeaient des cellules de leur mère
L'équipe de Sami Kanaan, scientifique au Fred Hutchinson Cancer Center de Seattle, a mis en ligne ses résultats le 10 juin 2026 sur la plateforme bioRxiv. Le phénomène porte un nom : le microchimérisme. Il désigne la présence, chez un individu, de cellules venues d'un autre.
Les chercheurs ont travaillé sur du tissu cérébral prélevé lors d'opérations chirurgicales chez des enfants atteints d'épilepsie sévère, âgés de 28 jours à 19 ans. Les mères ont fourni de l'ADN grâce à un simple écouvillon dans la joue. Une technique de PCR quantitative, capable de repérer et de compter quelques cellules précises parmi des millions d'autres, a servi à traquer l'ADN maternel.
Le verdict : sur 37 paires mère-enfant, 26 enfants, soit 70 %, portaient des cellules de leur mère dans le cerveau.
On les retrouve dans le cortex et jusque dans l'hippocampe
Ces cellules ne se cachaient pas dans un recoin. Elles étaient présentes dans les lobes frontal, temporal et pariétal, donc à la surface du cerveau, mais aussi dans l'hippocampe, une région liée à la mémoire et à l'apprentissage.
Leur densité varie énormément. En moyenne, l'équipe a compté 2,2 cellules maternelles pour 100 000 cellules. Un échantillon d'hippocampe, lui, en affichait 459 pour 100 000. Un écart qui reste à expliquer. Les enfants premiers-nés semblaient aussi un peu plus susceptibles d'en héberger.
| Mesure | Résultat |
|---|---|
| Paires mère-enfant analysées | 37 |
| Enfants avec cellules maternelles | 26 (70 %) |
| Moyenne observée | 2,2 pour 100 000 cellules |
| Maximum (échantillon d'hippocampe) | 459 pour 100 000 cellules |
| Autopsies sans maladie neurologique connue | 25 cas sur 32 (78 %) avec cellules étrangères |
Ces cellules d'emprunt se comportent comme des cellules du cerveau
Le plus frappant n'est pas leur présence, mais leur activité. Avec le séquençage ARN à noyau unique, qui révèle quels gènes sont actifs dans une cellule, les chercheurs ont vu les cellules maternelles adopter l'identité de plusieurs types de cellules cérébrales.
- des neurones ;
- des oligodendrocytes, qui protègent les fibres nerveuses ;
- des astrocytes, qui soutiennent et nourrissent les neurones ;
- de la microglie, les cellules immunitaires du cerveau ;
- des cellules endothéliales, qui forment la paroi des vaisseaux sanguins.
À l'origine, il s'agissait probablement de globules blancs ou de cellules souches, passés de la mère à l'enfant par le placenta pendant la grossesse, ou par l'allaitement. Autrement dit, ces cellules ne sont pas de simples passagères : elles semblent s'être mises au travail sur place.
Leur nombre baisse avec l'âge, mais ne tombe jamais à zéro
Restait une question : ce phénomène concerne-t-il seulement des cerveaux épileptiques ? Pour le savoir, l'équipe a examiné des données d'autopsie de 32 personnes sans trouble neurologique connu, d'un fœtus de 22 semaines à un homme dans sa neuvième décennie.
Des cellules étrangères ont été repérées chez 25 d'entre elles, soit 78 %. Leur quantité diminuait avec les années, sans jamais disparaître complètement. C'est ce qui permet de parler d'une présence qui peut durer jusqu'à un âge très avancé.
Un autre travail, portant sur des femmes, avait déjà détecté du chromosome Y dans leur cerveau. Il s'agirait de cellules fœtales de leurs fils, installées pendant la grossesse. Ces cellules pourraient même protéger de la maladie d'Alzheimer, une piste encore à confirmer.
Le vrai mystère : que font-elles là depuis tout ce temps ?
Amy Boddy, codirectrice du Microchimerism, Human Health and Evolution Project à l'université de Californie à Santa Barbara, estime que comprendre le rôle exact de ces cellules pourrait modifier notre vision du développement cérébral normal. La question n'est plus de savoir si elles existent, mais pourquoi elles restent.
Il faut garder la mesure. Ces résultats n'ont pas été relus par des pairs. L'échantillon est petit, et la majorité des enfants analysés souffraient d'épilepsie sévère. Rien, dans ces données, ne dit encore si ces cellules aident, gênent ou ne changent rien.
Ce qui change pour vous est d'abord une image : le lien avec votre mère ne s'arrête peut-être pas à la naissance. Il pourrait être inscrit, cellule par cellule, dans votre cerveau.
Vos questions
Comment des cellules de la mère arrivent-elles dans le cerveau de l'enfant ?
Les chercheurs pensent qu'il s'agit à l'origine de globules blancs ou de cellules souches. Elles passeraient de la mère à l'enfant via le placenta pendant la grossesse, ou pendant l'allaitement.
Cette découverte est-elle déjà confirmée ?
Non. Les résultats ont été publiés en préimpression sur bioRxiv le 10 juin 2026 et n'ont pas encore été validés par une revue à comité de lecture. Les méthodes employées sont toutefois jugées assez rigoureuses pour susciter un vif intérêt.
Ces cellules existent-elles seulement chez les enfants épileptiques ?
Non. L'équipe a aussi analysé 32 autopsies de personnes sans condition neurologique connue, du fœtus de 22 semaines à l'homme très âgé. Des cellules étrangères étaient présentes chez 25 d'entre elles, soit 78 %.
Sources : futura-sciences.com.