Fiche#1180230 /Neurosciences
Neurosciences
3 octobre 2026 6 min de lecture

Deuil et absence : pourquoi les disparus nous hantent, et ce que l'essayiste Valentin Husson en dit

En bref

Morts, ex, amitiés perdues : l'essayiste Valentin Husson explique pourquoi les absents restent partout dans nos vies, jusque dans un visage croisé dans la

Vous vous réveillez en pensant à un amour passé. Vous croyez reconnaître une silhouette dans la rue, puis non. Pour l'essayiste Valentin Husson, rien de paranormal là-dedans : les absents, morts ou ex, nous hantent parce que le fantôme est ce qu'il y a de plus normal dans une vie.

En bref

  • Valentin Husson décrit les absents, morts comme ex, comme des fantômes qui font partie de notre mémoire et de notre inconscient.
  • Ces fantômes ne viennent jamais seuls : ils se logent dans les objets, les lieux et même dans la voix d'un nouvel amour.
  • Prendre un passant pour quelqu'un d'autre prouve cette hantise : on cherche encore, dans les visages, les traits d'un être disparu.

Le chiffre clé : 1937, année de L'Amour fou, où André Breton résume la hantise du dernier visage aimé.

Les absents ne partent jamais tout à fait, ils changent de forme

Vous pensez à lui ou à elle au réveil. Vous gardez un souvenir d'amitié gâchée. Vous pleurez un parent disparu. Valentin Husson part de ces scènes très ordinaires pour poser une question simple : pourquoi ceux qui ne sont plus dans nos vies sont-ils pourtant partout ?

Sa réponse tient en une image : le fantôme. Pas celui des draps blancs. Celui qui nous précède, parce qu'il fait partie de notre mémoire et de notre inconscient. Selon l'essayiste, nous ne pouvons pas nous en défaire, puisqu'il est déjà en nous avant même que nous y pensions.

Plus l'être est absent, plus il pèse. C'est le paradoxe central du texte : l'absence ne vide pas la place, elle la rend plus bruyante. On ne voit pas toujours ces présences. On croit parfois les voir sans en être sûr. Mais on les reconnaît.

Le fantôme est la chose la plus normale d'une vie

Husson insiste : il n'y a rien de paranormal là-dedans. Ce qu'on appelle « revenant » désigne simplement la manière dont l'absent s'impose à nous sans se montrer, même quand on pense l'avoir exorcisé. Le mot dit bien la chose : ils reviennent, que nous le voulions ou non.

L'auteur file la métaphore. Ces présences sont nos démons, nos « daimôns », et ils ne font pas que nous tourmenter : ils nous parlent et nous enseignent. Ce sont aussi des poltergeists, ces esprits frappeurs dont les coups résonnent tout autour de nous.

Il va plus loin : nous les appelons nous-mêmes, malgré nous, pour mieux les conjurer. Nos gestes en témoignent. Nous fleurissons des tombes dans ces lieux hantés que sont les cimetières. Nous nous faisons peur devant des films d'épouvante. Pour Husson, ces rituels disent la même chose : nous allons chercher nos fantômes pour mieux vivre avec eux.

On n'est jamais hanté par un seul fantôme

Le texte avance une idée contre-intuitive : on n'est jamais hanté par une seule personne. Il y en a nécessairement plusieurs. Un deuil, une rupture, une amitié perdue réveillent les autres. Un seul être qui manque, et c'est toute la maison qui se repeuple.

Husson dresse la carte des cachettes où ils logent :

  • les placards remplis des derniers vêtements oubliés par l'être aimé
  • les albums photos
  • les petits mots que l'on a gardés
  • les cadeaux que l'on n'a pas réussi à jeter
  • les villes où l'on est passé à deux

La dernière cachette est la plus tragique, selon lui : la voix, les yeux, les mains de la personne qui partage ensuite notre vie. On y entend encore la tessiture de l'ancien amour, on y retrouve son regard, la chaleur et la douceur de sa peau. Le nouveau venu porte alors, sans le savoir, un autre visage derrière le sien.

Les ex et les amis perdus hantent comme les morts

La hantise ne concerne pas que le deuil au sens strict. Husson l'écrit noir sur blanc : cet attachement qui vaut pour le mort vaut aussi pour les absents. Un ex, une amie dont on n'a plus de nouvelles : la mécanique est la même.

Il en donne une preuve que tout le monde a vécue. Vous marchez dans la rue. Soudain, quelqu'un vous saute aux yeux. C'est lui, c'est elle, vous en êtes certain, ça faisait longtemps. Vous vous approchez, et de loin en proche, vous comprenez que ce n'est pas la bonne personne. Pourtant, dans les yeux, les cheveux, la nuque, vous aviez bien vu quelque chose.

Ce que vous avez vu, explique l'essayiste, ce sont les traits d'un visage qui fait encore le tour de votre cœur. Vous n'avez pas rêvé : vous étiez hanté. Il cite André Breton, qui exprime cela dans L'Amour fou, en 1937, d'une manière que Husson juge aussi sublime que tragique :

« Dans tous ces visages de femmes, qu'un visage : le dernier visage aimé. »

André Breton, L'Amour fou (1937)

Ce que cette hantise dit de nous

Le texte de Husson ne cherche pas à guérir ni à tourner la page. Il fait un pari inverse : l'attachement aux absents n'est pas un dysfonctionnement, c'est une manière normale d'être au monde. Si le fantôme est ce qu'il y a de plus normal dans une vie, alors celui qui croit être hanté pour rien n'est pas en retard sur son deuil. Il est simplement vivant.

Cela change le regard sur des gestes que l'on cache parfois : garder un pull, relire un message, ne pas jeter un cadeau. Ce ne sont pas des signes d'échec. Selon l'essayiste, ce sont des traces d'une mémoire qui fait son travail, puisque les fantômes sont notre mémoire.

Reste la question que l'essayiste pose en ouverture : comment vivre avec l'absence omniprésente ? Le texte complet est réservé aux abonnés de Philosophie Magazine, et nous ne détaillons pas ici ses pistes. Ce qui ressort déjà de ses premières lignes, c'est une certitude : on ne chasse pas ses fantômes, on apprend à les entendre.

Vos questions

Les fantômes dont parle Valentin Husson sont-ils paranormaux ?

Non. L'essayiste écrit qu'il n'y a rien de paranormal : le fantôme est ce qu'il y a de plus normal dans une vie. Il désigne notre mémoire et notre inconscient, c'est-à-dire la manière dont les absents s'imposent à nous.

Cette hantise concerne-t-elle seulement les morts ?

Non. Selon Husson, l'attachement qui vaut pour les morts vaut aussi pour les absents en général, comme les ex ou les amitiés gâchées. Dans les deux cas, la personne n'est plus là, et pourtant elle reste présente.

Pourquoi croit-on parfois reconnaître un disparu dans la rue ?

L'essayiste explique que l'on voit alors, dans les yeux, les cheveux ou la nuque d'un inconnu, les traits d'un visage qui fait encore le tour de notre cœur. On est hanté, écrit-il. André Breton disait déjà : « qu'un visage : le dernier visage aimé ».

Sources : philomag.com.

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