Le tiroir fourre-tout, vous connaissez. Garder un objet cassé relève le plus souvent du calcul ou de l'attachement ordinaire. Pour les psychologues, la limite ne se joue pas dans l'objet lui-même, mais dans la détresse que le tri provoque et dans l'encombrement du logement.
En bref
- Conserver un objet en panne peut être un calcul raisonnable : pièce détachée, souvenir, espoir de le réparer un jour.
- Le trouble d'accumulation compulsive concerne environ 2,5 % de la population, soit une personne sur quarante, hommes et femmes à égalité.
- Le critère décisif n'est pas ce que l'on garde, mais la souffrance et l'encombrement que cela entraîne au quotidien.
Le chiffre clé : 2,5 %, part de la population touchée par le trouble d'accumulation compulsive, d'après une méta-analyse de 2019.
Garder un objet en panne peut être un calcul tout à fait sensé
Vous hésitez devant la poubelle avec un appareil qui ne marche plus ? Vous n'êtes pas seul. Les psychologues le rappellent : conserver un objet cassé relève parfois d'une logique parfaitement raisonnable. Il peut fournir une pièce détachée utile plus tard. Il peut aussi porter un souvenir. Ou rester là parce que vous espérez le réparer un jour.
Le tiroir fourre-tout fait d'ailleurs partie du décor de bien des foyers. Ce petit désordre n'a rien d'alarmant en soi. Chez la plupart des gens, il s'agit d'une manie sans conséquence, un réflexe de prudence qui ne dérange personne.
Les spécialistes s'intéressent pourtant à ce qui se joue derrière ce réflexe. Car chez une minorité, le même geste signale une vraie souffrance. Toute la question est de savoir où s'arrête la manie et où commence le problème.
Le trouble d'accumulation concerne une personne sur quarante
Longtemps, les chiffres ont flotté. Selon les études, le trouble d'accumulation compulsive touchait entre 1,5 % et 6 % de la population. Un écart énorme, qui rendait le phénomène difficile à cerner.
Des chercheurs britanniques ont donc fait le tri parmi les travaux les plus solides. Leur méta-analyse, parue en 2019 dans le Journal of Affective Disorders, rassemble onze études et 53 378 participants. Résultat : une prévalence de 2,5 %, soit environ une personne sur quarante. Les hommes et les femmes sont concernés dans des proportions comparables.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Estimations anciennes | de 1,5 % à 6 % de la population |
| Méta-analyse de 2019 | 11 études, 53 378 participants |
| Prévalence retenue | 2,5 %, environ 1 personne sur 40 |
| Reconnaissance officielle | diagnostic à part entière depuis le DSM-5, en 2013 |
Attention : ce chiffre ne désigne pas tous ceux qui gardent des objets cassés, loin de là. Il mesure un trouble précis, bien plus rare que la simple habitude.
Ce n'est pas l'objet qui compte, mais ce qu'il vous coûte
Depuis 2013, le DSM-5, manuel de référence des psychiatres, reconnaît l'accumulation compulsive comme un diagnostic à part entière. Elle se caractérise par une difficulté durable à se séparer de ses affaires, quelle que soit leur valeur.
Deux éléments s'ajoutent à cette difficulté : une détresse réelle, et un encombrement tel que les pièces de la maison ne servent plus à ce pour quoi elles existent. Le critère décisif ne porte donc pas sur le contenu de vos placards. Il porte sur le prix que vous payez.
Concrètement, les signes sont faciles à repérer : un canapé envahi au point de ne plus pouvoir y dormir, une cuisine où l'on ne cuisine plus, des amis que l'on évite d'inviter. Une boîte de vieux appareils au fond d'un placard, elle, ne coche aucune de ces cases.
Dans le cerveau, jeter ses propres affaires déclenche un vrai conflit
Pourquoi certains n'arrivent-ils pas à trancher ? En 2012, une équipe dirigée par le psychologue David Tolin a observé le cerveau de 107 adultes. Parmi eux, 43 souffraient d'un trouble d'accumulation, 31 de troubles obsessionnels compulsifs (TOC), et 33 ne présentaient aucun trouble.
Dans cette étude, publiée dans les Archives of General Psychiatry, chacun devait décider en IRM de garder ou de jeter des objets. Certains étaient les siens, les autres appartenaient à quelqu'un d'autre.
Face aux objets d'autrui, les personnes touchées par le trouble montraient moins d'activité que les autres dans le cortex cingulaire antérieur et dans l'insula, deux régions liées à l'évaluation des risques et aux émotions. Face à leurs propres affaires, ces mêmes zones s'emballaient. Pour elles, jeter est donc bien plus qu'une corvée : c'est un conflit intérieur.
Trois repères pour situer votre propre habitude
Les faits des études se traduisent en questions simples à vous poser.
- Le délai : vous gardez une cafetière cassée quelques semaines, puis vous la jetez sans drame ? Vous êtes probablement du côté de l'attachement ordinaire.
- L'émotion : l'idée même de trier provoque une angoisse vive, ou des disputes avec vos proches ? C'est un signal à prendre au sérieux.
- Le logement : votre intérieur devient difficile à vivre, avec des pièces qui ne remplissent plus leur usage ? Là encore, c'est un signal.
Dans les deux derniers cas, la recommandation est claire : parlez-en à un médecin ou à un psychologue. Ce n'est pas une question de volonté ni de rangement mal fait, mais d'un fonctionnement du cerveau que la recherche commence à décrire précisément.
Vos questions
Garder un objet cassé veut-il dire que je souffre d'accumulation compulsive ?
Non. Pour la plupart des gens, c'est une petite manie, parfois un calcul raisonnable, par exemple pour récupérer une pièce détachée. Le trouble concerne environ 2,5 % de la population et se reconnaît à la détresse et à l'encombrement qu'il provoque.
Quel est le critère qui sépare la manie du trouble ?
Ce n'est ni la valeur ni la nature des objets conservés. Le DSM-5 retient une difficulté persistante à s'en séparer, associée à une détresse et à un encombrement qui empêchent d'utiliser les pièces du logement normalement.
Quand faut-il consulter ?
Si l'idée de trier déclenche une angoisse vive ou des disputes, ou si votre logement devient difficile à vivre, les sources conseillent d'en parler à un médecin ou à un psychologue. Garder une cafetière cassée quelques semaines avant de la jeter sans drame relève plutôt de l'attachement ordinaire.
Sources : Psychologies.