Vous marmonnez en cuisinant, vous lâchez un gros mot quand le pied heurte un meuble. Pas très flatteur, pensez-vous. Dans Psychology Today, magazine américain, le docteur en psychologie Mark Travers relie pourtant ces deux habitudes à de solides capacités cognitives. Les études qu'il cite appellent toutefois une réserve de taille.
En bref
- Mark Travers, docteur en psychologie, a publié le 21 mai 2026 dans Psychology Today un article sur deux habitudes mal vues.
- Se parler à voix haute aiderait à chercher un objet plus vite et soutiendrait la mémoire de travail.
- Jurer irait de pair avec un vocabulaire plus riche, mais les personnes qui jurent sont jugées moins intelligentes.
Le chiffre clé : plus de 40 ans d'étude des jurons menée par le chercheur Timothy Jay.
Deux habitudes jugées gênantes, une même piste cognitive
Parler seul dans la rue passe pour de l'excentricité. Jurer à tout bout de champ passe pour un manque de vocabulaire. Le magazine américain Psychology Today a publié le 21 mai 2026 un article du docteur en psychologie Mark Travers qui retourne ces deux préjugés.
Sa thèse tient en une phrase : ces comportements, perçus comme négatifs, sont associés à d'excellentes capacités cognitives. Le mot compte : associés. Il ne s'agit pas de dire que parler seul ou jurer rend intelligent, ni que tous ceux qui le font le sont.
Chaque habitude repose sur des travaux précis, que l'on peut regarder de près.
Se parler à voix haute aide à trouver plus vite
L'expérience citée date de 2012. Les psychologues Gary Lupyan et Daniel Swingley ont demandé à des participants de retrouver un objet parmi plusieurs images. Ceux qui prononçaient à voix haute le nom de l'objet le repéraient nettement plus vite.
Pourquoi ? Dire un mot oriente l'attention et rend le cerveau plus efficace. Les chercheurs parlent d'une hypothèse de rétroaction des étiquettes : les mots ne se contentent pas de décrire le monde, ils changent la façon dont nous le percevons.
Une étude de 2023, parue dans Frontiers in Psychology, élargit le constat. Le monologue, murmuré ou prononcé, joue un rôle dans la résolution de problèmes, la mémoire de travail et la flexibilité cognitive, c'est-à-dire la capacité à changer d'approche.
Mark Travers résume l'idée ainsi : se parler n'est pas un simple décor de la pensée, c'est son extériorisation. L'exprimer à voix haute la rend plus précise et plus efficace. La prochaine fois que vous cherchez vos clés en les nommant, vous ne perdez pas la tête : vous l'aidez.
Jurer irait de pair avec un vocabulaire plus étendu
L'idée reçue est tenace : celui qui jure manquerait de mots. En 2015, les chercheurs Kristin et Timothy Jay ont publié dans Language Sciences une série d'études sur la fluidité verbale. Leur constat va à l'inverse du préjugé : les personnes les plus performantes sur le vocabulaire général étaient aussi celles qui produisaient le plus de gros mots.
Autrement dit, les mêmes ressources cognitives nourrissent les deux registres. Le juron ne remplace pas le vocabulaire, il s'y ajoute.
Timothy Jay étudie les jurons depuis plus de quarante ans. Selon sa conclusion, rapportée par Mark Travers, les mots tabous remplissent une fonction propre dans le lexique. Ils transmettent une précision émotionnelle que les mots ordinaires rendent moins bien.
Choisir le bon moment pour un juron demande de maîtriser le contexte, le registre et la nuance. Ce sont des qualités de locuteur aguerri.
Les chiffres et les dates à retenir
Voici les travaux cités, avec ce que chacun établit.
| Année | Auteurs ou revue | Ce que l'étude montre |
|---|---|---|
| 2012 | Gary Lupyan et Daniel Swingley | Nommer l'objet à voix haute permet de le retrouver plus vite |
| 2015 | Kristin et Timothy Jay, Language Sciences | Les meilleurs en vocabulaire sont aussi ceux qui jurent le plus |
| 2018 | Journal of Language and Social Psychology | Les personnes qui jurent sont perçues comme moins intelligentes et moins fiables |
| 2023 | Frontiers in Psychology | Le monologue soutient mémoire de travail, résolution de problèmes et flexibilité cognitive |
La réserve : l'image sociale ne suit pas
Mark Travers ne vend pas un permis de jurer. Il rappelle lui-même une étude de 2018, parue dans le Journal of Language and Social Psychology : les gens qui jurent sont perçus comme moins intelligents et moins dignes de confiance.
Le décalage est donc réel. Dans la tête de celui qui jure, le juron peut traduire de la précision. Dans la tête de celui qui écoute, il peut ruiner votre crédit.
D'où la conclusion du psychologue, qui vaut mode d'emploi : savoir quand ne pas jurer est sans doute une forme d'intelligence en soi. Le talent n'est pas dans le mot lui-même, mais dans le choix du moment.
Pour vous, retenez deux choses. Se parler à voix haute pour réfléchir n'a rien de honteux, c'est un outil. Et un juron bien placé peut dire ce qu'un mot poli ne dit pas, à condition de lire la salle.
Vos questions
Parler tout seul est-il un signe d'intelligence ?
Pas un signe en soi, mais une habitude associée à de meilleures performances. Une étude de 2012 montre que nommer un objet à voix haute aide à le retrouver plus vite, et une étude de 2023 relie le monologue à la mémoire de travail et à la résolution de problèmes.
Les gens qui jurent ont-ils vraiment un vocabulaire plus riche ?
Selon des études de Kristin et Timothy Jay publiées en 2015, les personnes les plus fortes en vocabulaire général sont aussi celles qui produisent le plus de gros mots. Les mêmes ressources cognitives alimenteraient les deux registres.
Peut-on jurer sans nuire à son image ?
C'est risqué. Une étude de 2018 indique que les personnes qui jurent sont perçues comme moins intelligentes et moins dignes de confiance. Mark Travers conclut que savoir quand ne pas jurer est une forme d'intelligence.
Sources : Psychologies.