Fiche#1180051 /Neurosciences
Neurosciences
2 octobre 2026 6 min de lecture

Réalité virtuelle et rencontres : pourquoi l'excitation d'un jeu rend des profils plus séduisants pour les hommes

En bref

Trois minutes de Beat Saber peuvent rendre des profils de rencontre plus attirants, surtout chez les hommes, selon une expérience sur 130 personnes.

Vous venez de jouer, le cœur bat vite, et vous ouvrez une appli de rencontres. Selon une expérience menée en Allemagne et rapportée par le site américain PsyPost, cette excitation peut se glisser dans votre jugement : des profils paraissent plus séduisants. L'effet est net chez les hommes, quasi absent chez les femmes.

En bref

  • 130 participants ont passé trois minutes en réalité virtuelle : forêt calme ou jeu de rythme Beat Saber, tirés au sort.
  • Les joueurs ont jugé les profils plus attirants et plus compatibles, et pensaient plus souvent plaire en retour.
  • Les hommes ayant joué ont approuvé près de trois fois plus de profils, chez les femmes, l'effet est quasi nul.

Le chiffre clé : 130, participants recrutés sur un campus, tirés au sort entre forêt calme et Beat Saber.

Un cœur qui s'emballe peut être pris pour de l'attirance

Mains moites, pouls rapide, souffle court. Ces signaux du corps ont une particularité : le cerveau ne sait pas toujours d'où ils viennent. C'est le principe de l'hypothèse de la mauvaise attribution de l'excitation. Une personne ressent une activation physique née d'une source qui n'a rien de romantique, puis l'interprète à tort comme du désir ou de l'attirance envers quelqu'un.

L'exemple classique date de 1974. Des hommes qui avaient traversé un pont suspendu branlant et effrayant étaient plus nombreux à rappeler ensuite une chercheuse que ceux qui avaient franchi un pont solide et sûr. L'idée : l'agitation d'un film d'horreur ou d'un grand huit pourrait de la même façon être lue par le cerveau comme une étincelle avec la personne en face.

Des chercheurs allemands ont testé l'effet sur de faux profils d'appli

La plupart des travaux sur le sujet reposaient sur des situations en face à face et des méthodes anciennes pour provoquer l'excitation. L'équipe de Bahar Gürer et Yannik A. Escher, à l'université Leuphana de Lunebourg, a voulu savoir si le phénomène survit à l'ère des écrans, là où l'on choisit un partenaire en quelques secondes. La réalité virtuelle offrait un moyen sûr et reproductible de créer de l'excitation.

L'expérience a réuni 130 participants recrutés sur un campus universitaire, d'environ 23 ans en moyenne. Le hasard a réparti les participants en deux groupes. Les uns ont passé trois minutes dans un décor apaisant, une forêt tranquille. Les autres ont joué pendant le même temps à Beat Saber, un jeu de rythme en réalité virtuelle très rapide.

Chacun a ensuite examiné huit faux profils présentés comme sur une appli de rencontres, adaptés à l'orientation sexuelle déclarée du participant. Pour chaque profil, il fallait évaluer l'attractivité, la compatibilité, la ressemblance avec soi, la probabilité que la personne s'intéresse en retour et l'envie d'un rendez-vous. Dernière étape : approuver ou rejeter le profil, à la manière d'un swipe.

Le contexte compte. Sur une appli, le jugement est rapide et s'appuie sur peu d'informations, avec un poids énorme pour le physique. Une étude évoquée par PsyPost en 2025 indiquait que l'apparence pèse davantage que le métier ou l'intelligence dans le choix d'un profil. Une étude de 2008 allait dans le même sens.

Après le jeu, les profils paraissent plus attirants et plus compatibles

Dans le groupe qui avait joué à Beat Saber, l'intérêt était plus élevé sur presque toute la ligne. Ces participants ont trouvé les profils plus attirants, les personnes plus proches d'eux, la compatibilité meilleure, et ils s'attendaient davantage à plaire en retour.

MesureGroupe Beat Saber par rapport au groupe forêt
Attractivité du profilPlus élevée
Ressemblance perçue avec soiPlus élevée
Compatibilité ressentiePlus élevée
Attente d'un intérêt en retourPlus élevée
Envie d'aller à un rendez-vousÉcart non significatif, tendance positive

Un seul indicateur n'a pas atteint le seuil statistique : l'envie déclarée d'aller réellement à un rendez-vous. La tendance penchait pourtant du même côté.

Au total, l'expérience excitante a fait grimper la probabilité d'approuver un profil. Le geste le plus proche d'un vrai swipe a donc suivi le mouvement des jugements.

Les hommes réagissent fortement, les femmes presque pas

C'est en séparant hommes et femmes, dans des analyses exploratoires prévues d'avance, que l'écart est apparu. Chez les hommes, l'excitation a fortement relevé les approbations. Ceux qui avaient joué à Beat Saber ont approuvé près de trois fois plus de profils que ceux qui avaient regardé la forêt.

Chez les femmes, rien de comparable. L'expérience n'a eu pratiquement aucun effet sur leurs choix. Le taux d'approbation du groupe excité était même un peu plus bas que celui du groupe calme. Leurs notes d'attractivité et de compatibilité ne bougeaient pas non plus avec leur niveau d'excitation.

Les auteurs s'appuient sur une théorie existante : les hommes se fieraient davantage aux signaux de leur corps pour juger leurs sentiments, tandis que les femmes accorderaient plus d'attention aux indices du contexte. Autrement dit, le cœur qui bat plus vite serait un indice plus convaincant pour les uns que pour les autres.

Un préprint à lire avec prudence, mais un effet qui parle au quotidien

Premier garde-fou : ce travail est un préprint, publié sur la plateforme SSRN et soumis à la revue Computers in Human Behavior Reports. Il n'a donc pas encore été relu par des pairs. L'échantillon, 130 personnes recrutées sur un campus, reste aussi limité, et la différence entre hommes et femmes vient d'analyses exploratoires.

Rui Miguel Costa, professeur assistant à la faculté des sciences de la santé de l'Universidade Europeia de Lisbonne, n'a pas participé à l'étude. Il explique à PsyPost que des expériences palpitantes peuvent améliorer la vie amoureuse de beaucoup de gens. Selon lui, les résultats rejoignent d'autres travaux montrant qu'une exposition préalable à des situations excitantes augmente ensuite l'excitation sexuelle et l'attrait pour des personnes du sexe opposé.

Pour vous, la leçon est simple : l'état de votre corps colore vos jugements, y compris devant un écran. Après un jeu intense, une série à suspense ou un sprint, l'enthousiasme que vous ressentez pour un profil n'est pas forcément un pur coup de cœur.

Vos questions

Qu'est-ce que l'hypothèse de la mauvaise attribution de l'excitation ?

Selon cette idée, une personne ressent des signes physiques d'excitation, comme un cœur qui s'emballe, issus d'une source sans lien avec l'amour. Elle les interprète ensuite à tort comme de l'attirance pour quelqu'un. L'expérience du pont suspendu de 1974 en est l'exemple le plus connu.

Les femmes sont-elles aussi influencées par l'excitation ?

Dans cette expérience, non. Les approbations des femmes n'ont pas augmenté après le jeu, et leurs notes d'attractivité et de compatibilité n'ont pas bougé. Les auteurs évoquent une théorie selon laquelle les femmes se fient davantage au contexte qu'aux signaux de leur corps.

Peut-on se fier à ces résultats ?

Avec prudence. L'étude est un préprint, donc pas encore relue par des pairs, et elle porte sur 130 participants recrutés sur un campus. Les résultats concordent toutefois, d'après le chercheur Rui Miguel Costa, avec d'autres travaux sur l'excitation et l'attirance.

Sources : psypost.org.

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