Fiche#1179210 /Asie
Asie
1 octobre 2026 5 min de lecture

« la littérature sera produite en grande partie par des machines, pour des machines » : William Marx, Collège de France

En bref

Un livre écarté du Goncourt après un test logiciel, et une étude qui montre que les détecteurs d'IA se contournent : ce que dit William Marx.

Vous pensez qu'un logiciel peut dire si un texte est écrit par une machine ? Un romancier québécois vient d'en payer le prix : son livre a quitté la liste du Goncourt après un verdict algorithmique. Une étude montre pourquoi ce verdict est fragile, et un professeur du Collège de France imagine une littérature écrite par des machines, pour des machines.

En bref

  • Thélyson Orélien, auteur québécois, est soupçonné d'avoir écrit « C'était ça ou mourir » avec une IA, d'après le logiciel Pangram.
  • Une étude de l'université de Notre-Dame-du-Lac montre qu'une réécriture « humanisante » fait passer inaperçus plus de 96 % des textes générés.
  • William Marx, du Collège de France, évoque une littérature produite en grande partie par des machines, pour des machines.

Le chiffre clé : plus de 96 % des textes générés par IA passent inaperçus après une réécriture humanisante.

Un roman retiré de la liste du Goncourt après le verdict d'un logiciel

Le livre s'appelle « C'était ça ou mourir » et il est publié chez Grasset. Son auteur, Thélyson Orélien, est québécois et d'origine haïtienne. Le roman a depuis été retiré de la liste du Goncourt.

Tout part d'un logiciel, Pangram, conçu pour repérer les textes générés par une intelligence artificielle. C'est sur la foi de ses résultats que l'écrivain est accusé, ou plutôt suspecté, d'avoir confié son écriture à une machine.

Le mot « suspecté » pèse lourd. Un score affiché par un outil n'est pas une confession. La vraie question devient celle-ci : que vaut un détecteur dont le résultat peut sortir un livre d'un grand prix littéraire ?

William Marx imagine une littérature écrite par des machines, pour des machines

Dans ce climat de défiance, une phrase de William Marx, professeur au Collège de France, résonne avec force. Il l'a formulée ainsi dans les colonnes du Monde :

« Nous entrons peut-être dans une période où la littérature sera produite en grande partie par des machines, pour des machines »

William Marx, professeur au Collège de France, dans Le Monde

Notez le « peut-être » : c'est une hypothèse, pas un constat. Mais l'image est frappante. Si un programme écrit et qu'un autre programme vérifie, où se trouve l'humain ?

Pour vous, la conséquence est concrète. Face à un livre, un article ou un devoir, le doute sur l'origine d'un texte va devenir banal. La tentation d'un outil qui trancherait à votre place le deviendra aussi.

Pangram annonce 99,66 % de réussite, mais ces chiffres restent invérifiables

Sur son site, la société met en avant des performances spectaculaires pour sa version 4, la plus récente. Les voici.

MesureChiffre annoncé par Pangram
Textes générés par IA repérés99,66 %
Textes humains pris pour de l'IA (faux positifs)0,0041 %
Fréquence d'erreurune erreur tous les 24 000 documents

Guillaume Wisniewski, maître de conférences à l'université Paris Cité, linguiste et informaticien, rappelle le contexte. Ce marché suscite de fortes attentes économiques, et chaque éditeur a intérêt à annoncer de meilleurs taux que son concurrent.

Seule une expertise extérieure, sur le modèle de la validation par les pairs en science, pourrait confirmer ces taux, souligne-t-il. Or de tels travaux sont rares : la recherche avance moins vite que la sortie des nouvelles versions des logiciels.

Une réécriture « humanisante » fait passer plus de 96 % des textes d'IA

Des chercheurs de l'université de Notre-Dame-du-Lac, dans l'Indiana, aux États-Unis, ont tout de même mis ces outils à l'épreuve. Leur étude a été dévoilée lors de l'AI Leadership Summit, qui s'est tenu à Atlanta du 30 août au 2 septembre.

Ils ont soumis deux détecteurs, Pangram (en version 3.2) et GPTZero, à des résumés d'articles scientifiques. Premier constat : quand une IA écrit directement le texte, les outils le repèrent bien.

Deuxième constat, bien moins rassurant : ils se contournent facilement. Des programmes de « réécriture humanisante », comme Humanizer, vendu quelques euros par mois, coupent une longue phrase en deux courtes et cassent les constructions trop symétriques. Ils effacent ainsi les régularités statistiques que les détecteurs traquent.

Résultat : plus de 96 % des textes générés par IA passent alors inaperçus.

Les détecteurs piègent surtout ceux qui utilisent l'IA sans la cacher

L'étude révèle un renversement. Un auteur qui demande simplement à une IA de reformuler son propre texte sera signalé dans la majorité des cas. Guillaume Wisniewski, cité par Sciences et Avenir, en tire un paradoxe : ces détecteurs « attrapent surtout les personnes qui utilisent l'IA de façon naïve ou transparente, et laissent passer celles qui cherchent délibérément à tricher ».

Les performances varient aussi beaucoup d'une version à l'autre. La dernière version de Pangram est jugée extraordinairement fiable par ses développeurs, l'avant-dernière « pas terrible » par les chercheurs américains, résume le linguiste. Les résultats changent également selon le type de documents traités.

L'étude a ses limites : textes courts, sujets uniquement académiques, et la version 4 n'a pas été testée. Elle suggère néanmoins que ces programmes ne sont pas encore la baguette magique que certains brandissent. Un score à l'écran n'est donc pas une preuve.

Vos questions

Que reproche-t-on à Thélyson Orélien ?

L'auteur québécois d'origine haïtienne est suspecté d'avoir utilisé l'intelligence artificielle pour écrire « C'était ça ou mourir », publié chez Grasset. L'accusation repose sur les résultats du logiciel Pangram. Le livre a depuis été retiré de la liste du Goncourt.

Les détecteurs d'IA sont-ils fiables ?

Ils repèrent bien un texte écrit directement par une IA, mais se contournent facilement. Après une réécriture « humanisante », plus de 96 % des textes générés passent inaperçus. À l'inverse, un auteur qui fait seulement reformuler son texte par une IA est signalé dans la majorité des cas.

L'étude prouve-t-elle que Pangram est mauvais ?

Non. Elle a testé la version 3.2, pas la version 4 dont la société vante les chiffres. Elle porte aussi sur des textes courts et uniquement académiques, ce qui limite sa portée.

Sources : Le Monde, sciencesetavenir.fr.

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