Il est 16 heures, un homme fait le grand écart devant le comptoir, le jukebox enchaîne avec de la techno. À Anvers, dans un café fondé en 1876, Ben Mouling, 50 ans, ne voit pas là du désordre mais un filet de sécurité : ici, on remarque quand un client disparaît.
En bref
- In de Stad Aalst, café d'Anvers fondé en 1876, appartient à la même famille depuis trois générations et reste ouvert aux gens en marge.
- Ben Mouling, 50 ans, assume la présence d'alcooliques et préfère les voir au comptoir plutôt que seuls chez eux.
- Quand un client ne se montre pas pendant trois jours, le patron téléphone partout pour savoir où il est passé.
Le chiffre clé : 3 jours d'absence d'un client avant que le patron ne téléphone partout pour le retrouver.
À 16 heures, le café est déjà en pleine fête
Il suffit d'ouvrir la porte de l'In de Stad Aalst pour comprendre que ce n'est pas un bar d'ambiance calibrée. Philippe, client fidèle et visiblement bien avancé dans sa journée, s'offre un grand écart devant le comptoir, entre deux pas de danse. Personne ne s'en offusque.
Un peu plus loin, un vendeur à la sauvette tente d'écouler du faux parfum. Il montre aussi à la serveuse une bague dorée de pacotille. Le jukebox, lui, passe du blues à la variété allemande, puis à une techno étourdissante. Les mains se lèvent dans la salle.
Tout cela se passe à 16 heures, un après-midi ordinaire. Le décor surprend autant que la scène : lambris, miroirs, lustres en cuivre. Un petit café, serré, où chacun semble connaître la place des autres.
Un café de 1876 qui n'est même pas à Alost
Le nom trompe. In de Stad Aalst signifie « dans la ville d'Alost », mais l'établissement se trouve à Anvers. Il occupe l'endroit où arrivaient autrefois les diligences venues d'Alost, d'où son nom.
Ce café est plus qu'un lieu animé : c'est un morceau du patrimoine flamand. Il a ouvert en 1876 et appartient à la même famille depuis trois générations. Cette continuité compte. Un lieu qui change de mains tous les cinq ans n'a pas le temps de connaître ses habitués. Celui-ci, si.
| Repère | Ce que disent les faits |
|---|---|
| Fondation | 1876 |
| Propriété | La même famille, depuis trois générations |
| Lieu | Anvers, là où arrivaient les diligences d'Alost |
| Décor | Lambris, miroirs, lustres en cuivre |
Ben Mouling assume les marginaux et les alcooliques
Ben Mouling, 50 ans, s'installe dans un coin de la salle pour regarder défiler ce petit monde. Il ne cherche pas à enjoliver. Quand on lui fait remarquer la clientèle, il répond sans détour.
« Oui, ce sont des gens en marge de la société. »
Il poursuit sur le même ton, sans minimiser une réalité qu'il connaît : oui, il y a aussi des alcooliques. Sa réponse tient en une question : où voulez-vous qu'ils aillent ?
« Je trouve mieux qu'ils soient ici plutôt qu'à se saouler seuls chez eux jusqu'au coma. »
Cette phrase de Ben Mouling renverse le regard habituel. Le café n'est pas présenté comme la cause du problème, mais comme l'endroit où il se retrouve au moins visible, entouré, surveillé par d'autres yeux que les siens.
Trois jours d'absence, et le patron téléphone partout
C'est le détail qui change tout. Dans ce café, quand un client ne se montre pas pendant trois jours, le patron appelle partout pour savoir où il est. Pas par curiosité commerciale : par réflexe de voisinage.
Pensez à ce que cela signifie. Chez soi, seul, on peut disparaître de la vie des autres sans que personne ne s'en aperçoive avant longtemps. Ici, l'absence se remarque. Une chaise vide au comptoir devient un signal, et quelqu'un décroche le téléphone.
Le bistrot fonctionne alors comme un petit réseau de veille. Il ne propose ni ateliers, ni programme, ni vocabulaire savant sur le lien social. Il offre un comptoir, une musique, des visages connus, et une attention discrète que beaucoup ne trouvent plus ailleurs.
Ce que cette scène dit de la solitude, et de vous
On pourrait ne voir dans l'In de Stad Aalst qu'une curiosité pittoresque. Le propos de Ben Mouling invite à lire autre chose : un lieu où des gens très différents, un habitué qui danse, un vendeur ambulant, des clients cabossés, partagent le même espace sans condition d'entrée.
Pour vous, la question est simple et concrète. Quel est, près de chez vous, le lieu où l'on remarquerait votre absence ? Un café, un commerce, un comptoir où l'on vous reconnaît ? Ce genre d'endroit ne se mesure pas en chiffres. Il se repère à des gestes minuscules, comme un coup de téléphone passé quand quelqu'un n'est pas revenu depuis trois jours.
Ben Mouling ne prétend pas que le bistrot règle tout. Il constate simplement ce qu'il observe : mieux vaut être ensemble, même dans le bruit et les excès, que seul derrière une porte fermée.
Vos questions
Où se trouve le café In de Stad Aalst ?
Malgré son nom, qui évoque la ville d'Alost, ce café se trouve à Anvers. Il est installé à l'endroit où arrivaient autrefois les diligences en provenance d'Alost. Il a été fondé en 1876.
Qui est Ben Mouling ?
Ben Mouling a 50 ans. On le voit assis dans un coin de l'In de Stad Aalst, dont il défend l'esprit. Il assume que le café accueille des gens en marge de la société, y compris des alcooliques.
Pourquoi ce bistrot est-il décrit comme un remède à la solitude ?
Parce que les clients n'y restent pas anonymes. Quand l'un d'eux ne se montre pas pendant trois jours, le patron téléphone partout pour savoir où il est. Pour Ben Mouling, mieux vaut que les personnes fragiles soient au café plutôt que seules chez elles.
Sources : courrierinternational.com.