Vous pensez peut-être que les jeunes sont les premiers à adopter chaque nouvelle technologie. Pour l'intelligence artificielle, les enquêtes disent presque l'inverse : les baby-boomers se montrent les plus confiants, la génération Z doute. Selon la chercheuse Siobhan Lyons, de l'université Macquarie, l'écart tient moins à l'âge qu'au monde dans lequel chacun a grandi.
En bref
- Une enquête Thomson Reuters de 2025 désigne les baby-boomers comme le groupe le plus confiant envers l'IA au travail.
- Selon Gallup, la génération Z doute que l'IA stimule créativité et esprit critique, et une majorité y voit un coût.
- Selon Siobhan Lyons, les jeunes jugent l'IA inévitable et grandissent dans un monde où le travail humain vaut moins.
Le chiffre clé : Une majorité des jeunes de la génération Z voient dans l'IA un coût, surtout pour l'apprentissage (Gallup).
Les baby-boomers se disent les plus confiants, la génération Z doute
On imagine volontiers les jeunes en éclaireurs, premiers à s'emparer de chaque outil nouveau. Avec l'intelligence artificielle, ce réflexe ne tient plus tout à fait.
Une enquête Gallup indique que la génération Z n'est pas convaincue que l'IA renforce la créativité ou l'esprit critique. Une majorité de ces jeunes estime même qu'elle a un prix, en particulier pour l'apprentissage. Le doute porte donc sur ce que l'on apprend, ou non, quand une machine fait une partie du travail.
De l'autre côté, une enquête publiée en 2025 par Thomson Reuters désigne les baby-boomers comme le groupe le plus confiant dans l'arrivée de ces outils sur le lieu de travail. Les plus âgés ne sont donc pas les réfractaires que l'on imagine souvent. La chercheuse en études des médias et de la culture Siobhan Lyons, de l'université Macquarie, a cherché à expliquer cet écart.
Des diplômés américains ont hué ceux qui vantaient l'IA
Le désaccord s'est joué en public ces derniers mois. À l'université de Floride centrale, la promotrice immobilière Gloria Caulfield a présenté l'IA comme la prochaine révolution industrielle. Face à elle, des diplômés en sciences humaines, endettés, qui abordent un marché du travail incertain. Elle a été huée.
L'ancien dirigeant de Google Eric Schmidt et Scott Borchetta, patron d'un label musical, ont reçu le même accueil en tenant des propos du même genre. Dans un autre registre, le réalisateur Martin Scorsese a annoncé en juin 2026 qu'il devenait conseiller d'une entreprise d'IA générative spécialisée dans l'image, dont il avait utilisé les outils pour les storyboards d'un film. Le syndicat américain des directeurs artistiques lui a écrit pour lui reprocher de tourner le dos aux artistes qui ont contribué à son œuvre.
| Qui | Contexte | Réaction |
|---|---|---|
| Gloria Caulfield, promotrice immobilière | Cérémonie de diplômes, université de Floride centrale | Huée |
| Eric Schmidt, ancien dirigeant de Google | Cérémonie de diplômes américaine | Même accueil |
| Scott Borchetta, patron d'un label musical | Cérémonie de diplômes américaine | Même accueil |
| Martin Scorsese, réalisateur | Annonce en juin 2026 | Lettre du syndicat des directeurs artistiques |
Les plus âgés ont connu l'IA comme un raccourci, pas comme une menace
Pour Siobhan Lyons, la première explication est biographique. Les baby-boomers ont fait le pont entre les technologies analogiques, la machine à écrire par exemple, et les premiers outils numériques comme le traitement de texte. Ils travaillaient dans un marché de l'emploi aux longues journées, où le classement administratif prenait une place considérable.
Dans ce parcours, un outil qui fait gagner du temps, avec une interface plus intuitive que celles d'avant, ressemble à une rupture bienvenue. Leur confiance s'explique ainsi par leur histoire plutôt que par un goût particulier pour la nouveauté.
La chercheuse relaie aussi l'observation d'un chroniqueur technologique : une partie du public plus âgé consomme volontiers les contenus de faible qualité générés par IA qui prolifèrent sur les réseaux sociaux. Autrement dit, la confiance n'implique pas forcément un regard exigeant sur ce que produit la machine.
Pour les jeunes, l'IA s'impose sans qu'on leur demande leur avis
Le cœur de l'argument de Siobhan Lyons tient dans la réaction de Scott Borchetta. Pris à partie par les étudiants, il leur a répondu en substance de faire avec, d'agir et de se saisir de l'outil pour en tirer parti.
Cette consigne, explique la chercheuse, ignore le contexte qui a permis aux générations précédentes de réussir. Ces dirigeants ont commencé leur carrière à une époque où le travail humain avait plus de valeur économique et sociale qu'aujourd'hui. Les systèmes qui ont produit ces trajectoires ont aussi fragilisé la sécurité de l'emploi et fait disparaître une partie des parcours qui les rendaient possibles. Demander à une génération promise à des reconversions continues de s'adapter sous peine d'être dépassée sonne donc faux.
Elle élargit ensuite le propos au sentiment de maîtriser sa propre vie. Elle cite la psychologue sociale Shoshana Zuboff, qui décrit un environnement social hostile, façonné par des décennies d'économie de marché néolibérale, où la valeur personnelle et le besoin d'autodétermination sont régulièrement contrariés.
La différence de contexte est nette. Au XXe siècle, adopter une technologie relevait davantage d'un choix, évalué selon son coût et sa compatibilité avec son mode de vie. Le courrier électronique ou le téléphone mobile ne passaient pas pour indispensables. Même changer de radio ou de téléviseur semblait moins inévitable que de disposer aujourd'hui d'un assistant conversationnel sur son téléphone.
Cette méfiance rappelle qu'un autre avenir reste possible
Les jeunes générations perçoivent ces systèmes comme inévitables, souligne Siobhan Lyons, parce qu'ils sont intégrés aux infrastructures de la vie quotidienne. La contestation d'une partie de la génération Z rappelle justement qu'un avenir différent reste possible.
Pour vous, la leçon tient en une phrase : un avis sur l'IA dépend moins d'une date de naissance que d'une situation. Un baby-boomer y voit un gain de temps après une carrière de paperasse et de classement. Un jeune diplômé y voit un outil qui arrive sur un marché du travail incertain. Avant de juger l'enthousiasme ou la méfiance de quelqu'un, demandez-vous d'où il parle.
Vos questions
Les baby-boomers sont-ils vraiment les plus confiants envers l'IA ?
Une enquête publiée en 2025 par Thomson Reuters les désigne comme le groupe le plus confiant dans l'arrivée de ces outils sur le lieu de travail. Cela concerne le monde professionnel, pas forcément tous les usages.
Que reproche la génération Z à l'intelligence artificielle ?
Selon une enquête Gallup, elle n'est pas convaincue que l'IA renforce la créativité ou l'esprit critique. Une majorité estime qu'elle a un coût, en particulier pour l'apprentissage.
Pourquoi des diplômés américains ont-ils hué des orateurs qui vantaient l'IA ?
Gloria Caulfield, Eric Schmidt et Scott Borchetta ont tenu des propos enthousiastes sur l'IA devant des diplômés. Selon Siobhan Lyons, leur appel à s'adapter ignore que le travail humain valait davantage quand ces dirigeants ont commencé leur carrière.
Sources : futura-sciences.com.